Swiss Canyon Trail 2026: 5 infos sur cette course légendaire

Swiss Canyon Trail 2026: 5 infos sur cette course légendaire

Le Swiss Canyon Trail fait partie de ces courses qu'on n'oublie pas facilement. Pas parce qu'elle est facile — elle ne l'est pas — mais parce que les gorges du Val-de-Travers, dans le canton de Neuchâtel, ont quelque chose d'unique. Ce week-end du 29 au 31 mai, la 31e édition réunit plus de 3 500 coureurs sur cinq distances. Que tu aies envie de te lancer un jour ou simplement de comprendre ce qui fait la réputation de cet événement, voici ce qu'il faut savoir.

Copyright: Swiss Canyon Trail

1. Le Swiss Canyon Trail, c'est quoi exactement ?

Fondé en 1994 sous le nom de Trail de l'Absinthe — un clin d'œil à la boisson emblématique du Val-de-Travers — l'événement s'est rebaptisé Swiss Canyon Trail en 2015. Trente ans plus tard, il figure parmi les trails les plus anciens et les plus respectés du continent européen.

En 2026, tous les départs et arrivées se font depuis le centre sportif de Couvet, village niché dans la vallée neuchâteloise à quelques kilomètres de la frontière française. Le terrain ? Des chemins forestiers, des sentiers mono-traces, des canyons, des falaises, des gorges et des cascades. Le décor est spectaculaire, l'effort l'est tout autant.

Cinq distances sont au programme :

  • 111 km — 5 300 m D+ (l'épreuve reine, départ vendredi 29 mai à 5h00)
  • 81 km — 3 500 m D+ (départ samedi 30 mai à 6h00)
  • 51 km — 2 600 m D+ (départ samedi 30 mai à 7h15)
  • 31 km — 1 400 m D+ (départ samedi 30 mai à 14h45)
  • 16 km — 600 m D+ (départ samedi 30 mai à 15h45, ouvert aussi en marche nordique)

2. Une édition 2026 avec une date inédite

Depuis sa création, le Swiss Canyon Trail se courait traditionnellement en juin. Ce n'est pas le cas cette année. Pour sa 31e édition, l'organisation a décidé de décaler l'événement sur le week-end de la Pentecôte, du 29 au 31 mai 2026. Un changement exceptionnel qui permet d'attirer non seulement les coureurs, mais aussi leurs accompagnants, et d'allonger les séjours touristiques dans la région.

Cette édition marque également une inflexion stratégique pour les organisateurs : le Swiss Canyon Trail quitte le cadre des World Trail Majors pour se doter d'une plus grande liberté éditoriale et tisser des partenariats plus ciblés avec des acteurs internationaux du trail. Une collaboration avec le Mont Fuji Trail (Japon) a notamment été annoncée.

Côté partenaires, Kailas FUGA est reconduit comme sponsor titre pour la deuxième année consécutive, rejoint par deux nouveaux noms : Neversecond pour la nutrition et Coros pour la technologie.

3. Un plateau d'élites de très haut niveau

Si le Swiss Canyon Trail est d'abord une fête populaire pour les coureurs amateurs, le niveau des élites engagés cette année mérite qu'on s'y arrête.

Sur le 111 km

Le Portugais Miguel Arsenio aura fort à faire pour s’imposer une troisième fois. L’an passé, il avait remporté le 111K en 10h45. Côté femmes, l’édition 2025 avait révélé Ariane Wilhem, athlète neuchâteloise, qui avait triomphé sous des conditions météo extrêmes en 13h31. La Suissesse ne ralentit pas : elle vient de remporter l’UTS 100K (Ultra-Trail Snowdonia, pays de Galles) le 16 mai dernier en 16h02, terminant 14e du classement général. Une perfé qui en fait l’une des favorites du 111K cette année.

Sur le 81 km

L'Italien Davide Cheraz fait figure de grand favori chez les hommes. Vainqueur du TOR30 2025 et détenteur du record du Trail Menorca 85K, il possède 887 points ITRA. Il sera attendu par le Français Clovis Chaverot, Léo Rogaume (3e de la TDS UTMB 2025 sur 148 km), Stephen Roux, et l'Italien Davide Rivero, déjà 2e sur cette distance l'an passé. Les couleurs suisses seront défendues par Ian Dargaud et Grégoire Fatton, locaux bien connaisseurs du terrain. Chez les femmes, la Française Manon Campano arrive en grande forme après une 2e place à la Diagonale des Fous 2025 — son premier 100 miles. Elle affrontera notamment Sabine Ehrström, vice-championne de France de Kilomètre Vertical.

Sur le 51 km

Le plateau international ne faiblit pas : l’Italien Damiano Lenzi (Kailas FUGA Team), le Roumain Sorecau Catalin, le Belge Guillaume Deneffe (17e à l’UTMB 2025) ou encore le Polonais Adrian Bednarek composent un départ résolument ouvert.

« Courir pour unir » : Frédéric Splendore au départ du Swiss Canyon Trail

Parmi les 3 500 coureurs au départ ce week-end, il en est un dont la présence au Swiss Canyon Trail prend une dimension particulière. Frédéric Splendore, 33 ans, champion suisse du 100 km en 2023 et vice-champion en 2024, s’aligne sur le 31K ce samedi — non pas pour la médaille, mais comme dernière course d’entraînement avant de partir, le 24 juillet depuis Monaco, pour un projet hors normes : relier Monaco à l’Ukraine à pied en 50 jours, via la Via Alpina et les lieux de mémoire de l’Europe de l’Est. Soit 4 200 km, 140 000 m D+, 14 pays — l’équivalent de 17 Everest à la suite.

Son projet s’appelle « Courir pour unir » (« Beyond Borders » en anglais). Il vise à porter un message de paix et de solidarité en faveur des populations ukrainiennes touchées par le conflit, via une récolte de dons reversés à la Chaîne du Bonheur. Pompier professionnel de formation, Splendore a quitté son poste en 2025 pour se consacrer pleinement à ce défi. Il sera entouré d’une équipe d’une dizaine de personnes — entraîner, kinésithérapeute, préparateur mental — et vise un rythme capable d’établir un record sur le nouveau tracé de la Via Alpina (FKT).

Je lui ai consacré un épisode du podcast Au-delà du mur, disponible ce samedi 30 mai. Si son histoire te touche et que tu veux soutenir la récolte solidaire, retrouve toutes les informations sur son site [Site internet de Frédéric Splendore].

5. Les chiffres qui donnent le vertige

La 30e édition, disputée en juin 2025, avait rassemblé 3 384 inscrits — une hausse de 13 % par rapport à 2024 — dont 3 000 au départ effectif. Plus de 650 bénévoles et entreprises locales mobilisés. Seize points de ravitaillement. Près de 10 tonnes de nourriture et de boissons distribuées sur les parcours. Plus de 1 700 portions de pâtes servies lors de la Pasta Party.

Un détail particulièrement intéressant pour mesurer l'impact de la course : pour 26 % des participants, c'était une première visite dans la région neuchâteloise. Et 87 % déclaraient vouloir y revenir. Ce n'est pas anodin pour un territoire qui mise sur le tourisme sportif.

5. Ce que cette course peut t'apporter, même si tu ne t'y inscris pas

Je couvre régulièrement des événements de trail en Suisse romande, et ce qui m'intéresse dans le Swiss Canyon Trail, c'est moins le classement final que les histoires qui se jouent sur les sentiers : le coureur de 47 ans qui boucle son premier 81K, la coureuse qui revient après une blessure, le bénévole qui prépare l'organisation depuis des mois.

Si tu es coureur amateur — quelle que soit ta distance — regarder des événements comme celui-ci peut être une source d'inspiration concrète. Comment les élites gèrent-ils leur nutrition sur un 111K ? Comment s'organise-t-on pour soutenir un proche sur un ultra ? Quels sont les signaux d'alerte à surveiller lors d'une sortie longue en montagne ?

Ces questions, j'en parle régulièrement dans les épisodes du podcast Au-delà du mur. Si le sujet te parle, je t'invite à découvrir le podcast Au-delà du mur.

Découvre le podcast Au-delà du mur: https://audeladumur.ch/

Résumé rapide

Swiss Canyon Trail — 29-31 mai 2026 · Couvet, Val-de-Travers (NE) · 31e édition · 5 distances : 16K à 111K · Plus de 3 500 coureurs · Départs et arrivées au centre sportif de Couvet · Certifié ITRA.

🔗 Site internet de l'organisateur: Swisscanyontrail.com (source officielle)

Trail running recalé pour les JO 2030 : 5 raisons qui en font une excellente nouvelle

Trail running recalé pour les JO 2030 : 5 raisons qui en font une excellente nouvelle

Ce que le CIO a tranché le 7 mai 2026

Le jeudi 7 mai 2026, le Comité international olympique a fermé la porte à l'intégration du trail running au programme des Jeux olympiques d'hiver 2030 dans les Alpes françaises. La présidente du CIO, Kirsty Coventry, a été très claire : seuls les sports de neige et de glace seront retenus. Le cross-country, le cyclo-cross et le gravel subissent le même sort.

C'est un désaveu pour Edgar Grospiron, président du COJOP Alpes Françaises 2030. Il défendait l'idée d'utiliser le potentiel des massifs entre 0 et 1 000 mètres d'altitude pour ouvrir les JO à des disciplines outdoor. Le vote final aura lieu en juin 2026, mais la position de l'exécutif du CIO est sans ambiguïté.

Beaucoup, dans le milieu, ont accueilli la nouvelle avec déception. Pourtant, en prenant un peu de recul, cette décision a de solides arguments pour elle. En voici cinq.

trail running
Le trail aux JO, ce n'est pas pour tout de suite.


Raison 1 — Le trail running garde son ADN nature

Le trail running est né d'une envie simple : courir loin du bitume, dans des paysages qui changent à chaque kilomètre. C'est un sport qui se pratique avec ce que la nature offre — un sentier, une crête, une forêt, parfois rien d'autre qu'une trace dans l'herbe.

Une médaille olympique impose un cadre standardisé. Distances calibrées, parcours homologués, conditions reproductibles. Or, le trail running tire justement sa richesse de l'inverse : chaque course est unique, chaque profil est différent, chaque terrain raconte sa propre histoire.

En restant à l'écart des JO, le trail running évite de devoir se lisser pour entrer dans une case. C'est sans doute la première raison de se réjouir de cette décision.


Raison 2 — Préserver les massifs déjà sous pression

Les recherches sur l'impact écologique du trail running sont assez claires : les premiers passages sur un terrain vierge causent les dégâts les plus importants, et les courses agissent comme des amplificateurs en concentrant un fort volume de coureurs sur une période courte. Au-delà d'un certain seuil de fréquentation, la faune modifie son comportement et devient nocturne pour fuir l'activité humaine.

Aujourd'hui déjà, des chercheurs spécialisés dans le sport et le tourisme durable posent la question franchement : une course de trail running peut-elle rester durable et respectueuse de son environnement quand elle devient trop attractive ? C'est l'une des conclusions d'une analyse publiée dans The Conversation sur l'empreinte carbone des compétitions sportives en pleine nature.

Une labellisation olympique aurait démultiplié cette pression. Plus de coureurs, plus de spectateurs, plus d'infrastructures temporaires sur des sentiers déjà fragiles. Le CIO, sans le formuler ainsi, vient d'épargner aux Alpes un coup d'accélérateur dont elles n'avaient pas besoin.


Raison 3 — Éviter le format spectacle qui dénature le trail running

Les Jeux olympiques sont avant tout un produit télévisuel. Pour entrer au programme, une discipline doit pouvoir être filmée, scénarisée et consommée en quelques minutes. C'est une contrainte qui a déjà transformé d'autres sports — pensons au format des épreuves de ski freestyle ou de skateboard.

Pour le trail running, ce passage au format spectacle aurait probablement signifié des courses très courtes, sur boucles répétées, avec des points de passage filmables. Loin du modèle long, vallonné, parfois solitaire qui définit la discipline. Le trail running aurait gagné en visibilité, certes — mais aurait perdu une partie de ce qui le rend précieux à ceux qui le pratiquent.

Cette décision du CIO protège, indirectement, la liberté de format que les organisateurs et les athlètes défendent depuis dix ans.


Raison 4 — Protéger l'esprit participatif du trail running

Le trail running est l'un des rares sports où amateurs et élites partagent la même ligne de départ. Sur l'UTMB, sur la Sierre-Zinal, sur la Diagonale des Fous, le coureur du dimanche court le même tracé que les meilleurs mondiaux, parfois le même jour.

Cette dimension participative est l'une des grandes forces du trail running. Elle est aussi quasiment incompatible avec le modèle olympique, par essence élitiste, qui ne retient qu'un quota restreint d'athlètes par nation.

Une entrée aux JO aurait inévitablement créé deux trails : un trail running olympique, calibré, sélectif, médiatisé — et un trail running grand public, relégué au second plan. Le CIO vient d'éviter cette fracture.


Raison 5 — Donner du temps à la structuration du trail running mondial

Aujourd'hui, le trail running est encadré par plusieurs organismes : l'ITRA, la WMRA et l'IAU, sous l'égide de World Athletics. Mais la structuration reste inégale d'un pays à l'autre.

Aux Mondiaux de Trail 2025 à Canfranc, en Espagne, certains athlètes de premier plan étaient absents — non par manque d'envie, mais parce que leur fédération nationale d'athlétisme ne disposait pas de structure dédiée au trail running. Une intégration olympique précipitée aurait créé des inégalités de moyens difficiles à rattraper.

Reporter cette échéance laisse au trail running le temps de bâtir des structures solides dans davantage de pays, avant d'envisager — peut-être — une intégration future, mieux préparée.


Ce qu'il faut retenir

La décision du CIO du 7 mai 2026 ferme une porte, mais elle en laisse beaucoup d'autres ouvertes. Le trail running continue de se pratiquer là où il est né : sur les sentiers, dans les massifs, loin des stades. Il garde son format libre, son esprit participatif et sa relation directe à la nature.

L'édition 2034 des JO d'hiver, à Salt Lake City, fait l'objet d'une réflexion plus large au sein d'un groupe de travail du CIO. Le débat reviendra. D'ici là, le trail running a peut-être le meilleur cadeau qu'on pouvait lui faire : du temps. Du temps pour grandir sans se trahir.

Et toi, tu en penses quoi ? Le trail running aurait-il dû entrer aux JO ? Réponds en commentaire.

Si tu découvres ce blog pour la première fois, Au-delà du mur est un podcast dédié aux coureurs amateurs qui cherchent à progresser durablement — en trail comme sur route.

Record du monde de marathon : 5 leçons sur cette incroyable performance

Record du monde de marathon : 5 leçons sur cette incroyable performance

Le 26 avril 2026, à Londres, le record du monde de marathon est tombé sous les deux heures. Sabastian Sawe a couru 42,195 km en 1h59'30. C’est officiel, validé, homologable. Ce nouveau record du monde de marathon, c’est bien plus qu’un simple chrono : douze mois de préparation millimétrée, des chercheurs en blouse blanche, une consommation de glucides hors norme, une croisade personnelle contre le dopage, et un retournement marketing qui ridiculise un peu Nike. Je vais te raconter tout ça, et surtout te montrer comment t’en inspirer pour ton prochain marathon.

Record du monde de marathon : ce que Sawe a vraiment fait à Londres

Dimanche 26 avril 2026, Londres. Sabastian Sawe, kényan, franchit la ligne en 1h59'30. Ce nouveau record du monde de marathon, c’est la première fois qu’un être humain court 42,195 km dans une course officielle, validée par World Athletics, sous les deux heures. L’ancien record du monde de marathon, détenu par Kelvin Kiptum (2h00'35 à Chicago en 2023), tombe de plus de soixante secondes.

Et le plus fou ? Sawe n’est pas seul. Yomif Kejelcha, l’éthiopien, termine deuxième en 1h59'41 — pour son tout premier marathon. Jacob Kiplimo, ougandais, arrive troisième en 2h00'28 et améliore lui aussi l’ancien chrono. Trois coureurs sous ou tout proches du mur des deux heures, le même jour, sur la même course. Le record du monde de marathon n’est pas tombé tout seul.

La barre symbolique des deux heures, mythique depuis des décennies, vient officiellement d’être franchie. Et elle ne reviendra plus.

Record du monde de marathon : la science derrière la performance

Pour comprendre comment ce record du monde de marathon a pu tomber, il faut regarder ce que la recherche raconte sur l’endurance de très haut niveau. Les scientifiques s’accordent depuis longtemps sur trois piliers : VO2max élevé, économie de course optimisée, seuil lactique très haut. Sawe coche les trois cases à un niveau quasi théorique.

Le rythme tenu — 2 minutes et 50 secondes par kilomètre pendant 42 km — correspond à environ 21 km/h. Les études publiées sur PubMed sur les coureurs élites est-africains pointent toutes vers une économie de course exceptionnelle, c’est-à-dire une consommation d’oxygène très faible à allure rapide. C’est ce qui permet de tenir une intensité aussi haute aussi longtemps.

L’autre pilier, c’est la nutrition pendant l’effort. Les recommandations classiques tournent autour de 60 à 90 g de glucides par heure pour un marathon. Sawe en a absorbé 115 g par heure en moyenne pour son record du monde de marathon. C’est la limite haute documentée dans la littérature scientifique sur l’absorption intestinale, atteinte uniquement après un entraînement digestif spécifique.

Record du monde de marathon : la préparation millimétrée de Sawe

Selon son équipe, Sawe a passé douze mois à préparer cette seule course. Volume hebdomadaire : jusqu’à 240 km par semaine. C’est un chiffre qui dépasse ce que la plupart des coureurs amateurs peuvent même envisager, et qui se situe au sommet de ce que tolèrent les marathoniens élites.

La majorité de ce volume est courue à basse intensité. C’est cohérent avec ce que la recherche montre depuis plus de vingt ans : la performance en endurance se construit principalement sur du volume aérobie, avec une petite dose d’intensité ciblée. Le vieux principe « 80/20 » remis au goût du jour.

La stratégie nutrition : 12 mois d’entraînement digestif

Sawe a travaillé avec Maurten, l’entreprise suédoise de nutrition sportive, qui a fait six déplacements au Kenya pour calibrer son protocole en vue du record du monde de marathon. Les tests menés incluent : mesure de l’absorption des glucides via isotopes stables (¹³C), eau doublement marquée pour l’énergie dépensée, VO2max, économie de course, lactate, prises de sang, composition corporelle, journaux alimentaires détaillés.

Le plan course finalisé est précis à la minute. Carb-loading avec une boisson glucidique pendant les deux jours précédents. Petit-déjeuner léger le matin. Bicarbonate de sodium encapsulé à 6h45 pour neutraliser l’acidité musculaire. Une boisson glucidique sur le trajet vers le départ. Un gel cinq minutes avant le coup de feu. Puis ravitaillements précis tous les 5 km pendant la course.

Cette densité d’apport glucidique est le résultat d’un entraînement digestif progressif. L’intestin, comme un muscle, peut s’adapter et augmenter sa capacité d’absorption. C’est une des grandes leçons de ce record du monde de marathon pour tous les coureurs.

Nike a payé des millions pour rien ?

Voici la partie la plus cocasse de l’histoire. En 2016, Nike lance officiellement le projet Breaking2, dont le but assumé est de faire passer un humain sous les deux heures sur marathon. Plusieurs sources médias parlent d’un projet à plusieurs millions de dollars, étalé sur plusieurs années. L’objectif affiché : signer le futur record du monde de marathon sub-2h.

Le programme Breaking2 mobilise des dizaines de scientifiques, des laboratoires, des soufflerie aérodynamiques, et trois athlètes triés sur le volet : Eliud Kipchoge, Lelisa Desisa, Zersenay Tadese. C’est ce projet qui accouche de la première supershoe à plaque carbone, la Vaporfly. Une innovation qui révolutionne la course à pied mondiale.

Première tentative à Monza en 2017 : Kipchoge échoue de 25 secondes (2h00'25). Deuxième tentative avec le Ineos 1:59 Challenge à Vienne en 2019 : Kipchoge passe en 1h59'40. Mais ces deux performances ne sont pas homologables — pacers tournants, voiture meneuse, ravitaillement à vélo. Le record du monde de marathon officiel reste hors d’atteinte pour Nike.

Dix ans, des dizaines de millions investis, un documentaire National Geographic, une campagne marketing planétaire. Et finalement, le record du monde de marathon tombe officiellement… sans eux.

Le coup de théâtre Adidas

Sawe et Kejelcha portent tous les deux la même chaussure pour ce record du monde de marathon : l’Adidas Adizero Adios Pro Evo 3. Annoncée le 23 avril, mise en vente le 25, utilisée pour battre la barre des deux heures le 26. Un timing marketing presque trop parfait.

Cette chaussure pèse 97 grammes. Pour comparaison, une chaussure de running classique tourne autour de 250 à 300 grammes. La technologie reste celle de la supershoe : mousse résiliente très épaisse (39 mm au talon, juste sous la limite réglementaire), structure rigide intégrant des éléments en carbone qui restituent l’énergie.

Les études sur l’économie de course chiffrent le gain à environ 4% pour les supershoes par rapport à des modèles classiques. Sur un marathon couru en deux heures, ça représente plusieurs minutes. C’est massif.

Le coup de théâtre, c’est qu’Adidas a fait sauter le verrou que Nike avait construit. Le record du monde de marathon est désormais signé par la marque aux trois bandes. La course à pied de haut niveau, c’est aussi une guerre commerciale entre équipementiers, où chaque marque essaie de faire courir son athlète vedette plus vite que tous les autres.

Record du monde de marathon : le combat de Sawe contre le dopage

On ne peut pas parler d’un record du monde de marathon kényan sans parler de dopage. Le sujet est trop chargé. Depuis 2017, plus de 145 athlètes kényans ont été suspendus pour dopage. Et le dernier record du monde marathon féminin de Ruth Chepngetich, en 2024, a fini en suspension pour trois ans. Le contexte est explosif.

Sawe a anticipé. Conscient de la suspicion qui allait suivre n’importe quelle performance hors norme, il a pris les devants dès 2025. Il a contacté lui-même l’AIU, l’unité d’intégrité de l’athlétisme. Il leur a demandé de le contrôler plus, plus souvent, plus durement. Adidas a financé l’opération à hauteur de 50 000 euros pour permettre à l’AIU de réaliser des tests supplémentaires. Résultat : 25 contrôles sanguins et urinaires en quelques mois, parfois plusieurs par semaine. Aucune anomalie.

Plus fort encore : Sawe a imposé à tous les coureurs de son groupe d’entraînement de signer une charte. En cas de contrôle positif, l’athlète doit reverser ses gains à la lutte antidopage. Refus de signer = exclusion immédiate. C’est inédit pour un athlète, et c’est salué par l’AIU comme un engagement exemplaire.

Sa formule à lui : « Le dopage est un cancer. » C’est sec, c’est clair, c’est le contraire des éléments de langage habituels. Ce record du monde de marathon, Sawe a tout fait pour qu’il soit aussi propre que rapide.

Pour aller plus loin sur la stratégie anti-dopage de Sawe, l’article complet d’Eurosport détaille la chronologie de cette démarche : « Comment Sabastian Sawe a tout fait pour écarter les suspicions de dopage ».

Record du monde de marathon : 5 leçons concrètes pour ta prochaine prépa

Tu ne courras probablement jamais un record du monde de marathon. Moi non plus. Mais l’histoire de cette performance contient des principes qui valent pour tous les niveaux. Voici les cinq leçons que j’en retire, et que tu peux appliquer dès ta prochaine prépa.

1. Donne-toi 12 à 16 semaines, pas 6

Sawe a passé douze mois sur une seule course. Toi, tu n’as pas ce luxe — mais le principe reste : la prépa marathon ne se bricole pas en six semaines. Compte 12 semaines minimum si tu as déjà une base, 16 semaines si tu es plus loin de l’objectif.

Ce qui fait la différence, ce n’est pas la séance miracle de la semaine 8. C’est l’accumulation patiente : un peu plus de volume, un peu plus de sortie longue, un peu plus de spécifique. Si tu as le sentiment de te précipiter, c’est probablement que tu te précipites.

2. Entraîne ton estomac comme tu entraînes tes jambes

La vraie leçon de ce record du monde de marathon pour toi, c’est l’entraînement digestif. La plupart des coureurs amateurs s’écroulent sur la deuxième moitié du marathon non pas parce qu’ils manquent de jambes, mais parce qu’ils manquent de carburant. Et souvent, parce qu’ils n’ont pas habitué leur estomac à absorber pendant l’effort.

Concrètement : commence à 30 g de glucides par heure sur tes sorties longues. Au bout de quelques semaines, monte à 45 g. Puis 60 g. Tu seras déjà au-dessus de ce que la majorité des coureurs amateurs font le jour J. Teste plusieurs marques, plusieurs textures (gels, boissons, barres). Trouve ce qui passe sans crampe d’estomac. Et utilise exactement le même produit le jour J — jamais de nouveauté en course.

3. Cours plus, pas plus vite

Sawe court à basse intensité l’essentiel de son volume. Ce principe vaut pour à peu près tous les coureurs amateurs que je connais : la marge de progression est dans le volume facile, pas dans des séances de seuil supplémentaires.

Si tu cours actuellement 30 km par semaine, monte progressivement à 40 puis 50 km en gardant la même répartition d’intensité. Tu progresseras plus que si tu rajoutes deux séances de fractionné par-dessus tes 30 km. Et tu te blesseras moins, parce que les blessures viennent presque toutes d’un excès d’intensité, pas d’un excès de volume facile.

Règle simple : tes sorties faciles doivent être faciles. Tu dois pouvoir tenir une conversation. Si tu es essoufflé, tu cours trop vite.

4. Choisis bien ta paire — sans te ruiner

Les supershoes utilisées pour le record du monde de marathon apportent un gain réel d’environ 4% en économie de course. Pour un coureur élite, ça fait des minutes. Pour toi, ça fait quelques minutes aussi, mais sur un chrono déjà beaucoup plus lent. La question, c’est : est-ce que ça vaut 250 à 500 francs ?

Mon conseil : tu n’as pas besoin du dernier modèle hors de prix. Une chaussure à plaque carbone d’une génération précédente, en solde ou sur le marché de l’occasion, te donnera l’essentiel du gain. Garde-la pour le jour J et tes deux ou trois séances spécifiques. Pour le reste de ta prépa, une chaussure d’entraînement classique fait très bien le travail — et préserve la durée de vie de ta paire de course.

5. La régularité bat le talent

Sawe est exceptionnellement doué. Mais ce qui l’a amené à 1h59'30, c’est la régularité. Douze mois sans accroc majeur. Pas de blessure qui te coupe trois semaines, pas de coup de mou qui te fait sauter les sorties longues, pas de week-end perdu parce que tu as forcé la veille.

À ton échelle, ça veut dire : trois à quatre sorties par semaine que tu fais vraiment, plutôt que cinq que tu prévois et trois que tu fais. Ça veut dire dormir sept heures, manger correctement, accepter qu’une semaine de fatigue se transforme en semaine allégée plutôt qu’en semaine massacrée. La régularité, c’est ce qui permet aux séances de s’additionner. Sans elle, tu repars de zéro tous les quinze jours.

🎙️ Tu prépares ton prochain marathon ?

Découvre le podcast Au-delà du mur — chaque semaine, des conseils concrets pour les coureurs amateurs : préparation, nutrition, mental, récupération.

Record du monde de marathon : et maintenant, jusqu’où ira-t-on ?

La question revient à chaque chute de barrière mythique. En 1954, on disait qu’il était impossible de courir un mile sous les quatre minutes. Roger Bannister l’a fait. Aujourd’hui, plus de 1700 coureurs l’ont fait après lui. Le record actuel du mile est même proche de 3'43.

Pour le marathon, la même logique semble se mettre en route. Une fois la barrière mentale franchie, beaucoup d’autres athlètes vont essayer de la franchir aussi. La deuxième place de Kejelcha en 1h59'41 — pour un premier marathon — montre que le sub-2h n’est pas une anomalie isolée. Le prochain record du monde de marathon ne mettra peut-être pas 23 ans à tomber.

Plusieurs questions ouvertes pour les années qui viennent : où s’arrêtera la limite humaine ? Va-t-on voir des temps proches de 1h57 ou 1h58 d’ici la fin de la décennie ? Comment les fédérations vont-elles encadrer les évolutions des supershoes ? La femme qui passera sous 2h10 puis 2h09 fera-t-elle autant parler ?

Une chose est certaine : le mythe est mort. Les générations futures de coureurs grandiront avec l’idée qu’un marathon peut se courir en moins de deux heures. Et les enfants qui regardent les images de Sawe à Londres aujourd’hui n’auront plus jamais à se demander si c’est possible.

Le mur est tombé, et alors ?

Le 26 avril 2026 restera dans l’histoire de la course à pied comme le 6 mai 1954 pour le mile. Une barrière mentale a sauté. Sabastian Sawe a battu le record du monde de marathon en 1h59'30, accompagné de Yomif Kejelcha sous les deux heures lui aussi, en chaussant un modèle Adidas mis sur le marché trois jours plus tôt. La science, l’entraînement, la nutrition, la chaussure, la transparence sur le dopage : tout a convergé pour ce record du monde de marathon.

Nike, l’initiateur de la quête, regarde son rival historique signer le coup officiel. Le sport vient de basculer dans une nouvelle ère, où le marathon sub-2h ne relève plus de la science-fiction mais d’une performance certes hors du commun, mais désormais reproductible.

Et toi, dans tout ça ? Tu n’es pas Sawe. Mais tu as une boussole : 12 semaines minimum, estomac entraîné, volume facile, chaussure adaptée, régularité avant tout. Le reste suit.

Sources principales

  • Sportico — analyse du sub-2h Sawe et contexte marketing Adidas/Nike
  • Marathon Handbook — protocole nutrition Maurten détaillé
  • Nutraingredients — décomposition du plan de carburant Maurten
  • The Conversation — analyse scientifique (volume d’entraînement, supershoes, économie de course)
  • Eurosport — stratégie anti-dopage de Sawe (lien externe dans l’article)
  • Wikipedia (Breaking2, Ineos 1:59 Challenge) — historique des projets Nike
  • Fast Company — détails techniques Adizero Adios Pro Evo 3