Tu les vois partout sur les podiums, dans les starting blocks des grandes courses et de plus en plus dans les sacs de coureurs amateurs. Les chaussures à plaque carbone — aussi appelées « super chaussures » — ont bouleversé le monde de la course à pied en quelques années. Mais est-ce qu'elles sont vraiment faites pour toi ? Et comment éviter de te blesser en les adoptant ?
Voilà ce que dit la recherche scientifique, sans langue de bois.
Une chaussure à plaque carbone, ce n'est pas juste une chaussure rigide. C'est une combinaison de deux innovations : une mousse de semelle très résiliente — qui restitue une grande partie de l'énergie absorbée à chaque foulée — et une plaque rigide en fibre de carbone intégrée dans cette semelle.
Quand tu cours, ton pied comprime la semelle à l'impact. La mousse absorbe l'énergie, la plaque carbone se déforme légèrement, puis tout ce système te renvoie cette énergie vers l'avant — comme un ressort. Le résultat : tu consommes moins d'énergie pour maintenir la même vitesse. C'est ce que les scientifiques appellent l'économie de course.
La forme de la lame joue un rôle important. Les recherches publiées montrent qu'une plaque carbone courbée améliore l'économie de course de manière significative, alors qu'une plaque plate n'apporte qu'un gain marginal. C'est pourquoi les modèles haut de gamme utilisent systématiquement des lames courbées.
2. Les bénéfices réels mesurés en laboratoire
Le chiffre qui a lancé la révolution, c'est 4 %. C'est l'amélioration de l'économie de course mesurée avec la Nike Vaporfly 4% lors de son lancement en 2017. Pour aller à la même vitesse, tu dépenses 4 % d'énergie en moins. Sur un semi-marathon ou un marathon, ça peut représenter plusieurs minutes.
Ce gain a été confirmé depuis par plusieurs équipes de recherche indépendantes, sur des coureurs de niveaux variés. La semelle restitue entre 65 et 87 % de l'énergie absorbée, ce qui soulage notamment les muscles du mollet et le tendon d'Achille.
Est-ce que ce gain s'applique à toi, coureur amateur ? Probablement, oui — les études incluent des profils variés. Mais le gain réel dépend aussi de ta technique de course, de ta morphologie et du modèle exact de chaussure à plaque carbone que tu utilises.
3. Ce qu’on ne te dit pas toujours : les risques
Voilà le sujet qui mérite plus d'attention. La plaque carbone ne fait pas que t'aider à aller plus vite — elle modifie aussi la façon dont ton pied travaille.
Concrètement, elle réduit le mouvement de l'articulation métatarso-phalangienne (entre les métatarses et les orteils). Ce mouvement est normalement absorbé par tes muscles et tes tendons. Avec la lame, la charge se redistribue différemment — vers des zones qui ne sont peut-être pas habituées.
Des médecins spécialisés en médecine du sport ont publié des cas de fractures de fatigue chez des coureurs utilisant des chaussures à plaque carbone, notamment au niveau du naviculaire, un petit os central du pied. Le lien causal n'est pas encore formellement prouvé à grande échelle — mais c'est un signal suffisamment sérieux pour être pris en compte.
Le message des chercheurs est clair : la transition doit être progressive. Exactement comme pour les chaussures minimalistes il y a dix ans, adopter ces chaussures du jour au lendemain pour tous tes entraînements augmente le risque de blessure de surcharge.
Signaux d’alerte à surveiller
Douleur sur le dessus du pied ou au milieu du pied après une sortie
Douleur autour du naviculaire (milieu de la voûte) qui persiste
Sensation de brûlure à la cheville ou à l'avant-pied après un long effort
Si l'un de ces signaux apparaît, consulte un professionnel de santé avant de continuer à courir avec tes chaussures à plaque carbone.
4. Comment préparer tes pieds avant (ou pendant) l’utilisation
La bonne nouvelle : ce risque est largement évitable. Renforcer les structures qui vont absorber les nouvelles contraintes liées à la plaque carbone ne demande que quelques minutes, deux à trois fois par semaine.
Les trois axes prioritaires
Maintenir la mobilité de la cheville. La plaque carbone rigidifie le bas de la jambe. Des cercles de cheville quotidiens et des étirements réguliers compensent cet effet.
Renforcer les muscles intrinsèques du pied. Les petits muscles à l'intérieur du pied peuvent s'affaiblir si la lame prend en charge une partie de leur travail. L'exercice du « short foot » (pied court) et les élévations sur pointe des pieds sont les deux exercices les plus documentés.
Travailler le tendon d'Achille en excentrique. Le travail excentrique — contracter le muscle tout en l'allongeant — est la méthode la mieux étayée scientifiquement pour renforcer le tendon en profondeur. La descente lente sur une marche, talon dans le vide, est l'exercice de référence.
3 règles pour une transition réussie
Réserve-les aux compétitions au début. N'utilise pas tes chaussures à plaque carbone pour tous tes entraînements. Commence par ta course objectif, puis intègre-les progressivement à tes séances de qualité.
Écoute tes pieds. Une douleur persistante au pied après une sortie avec ces chaussures mérite une consultation. Ne la banalise pas.
Le matériel ne remplace pas le travail. 4 % de gain en économie de course, c'est réel. Mais c'est aussi le genre de gain qu'un bon bloc d'entraînement peut t'apporter. La plaque carbone amplifie ce que tu as déjà construit — elle ne le construit pas à ta place.
5. Télécharge le programme d’exercices complet
J'ai compilé 7 exercices progressifs — du niveau débutant au niveau avancé — avec les dosages, les descriptions détaillées et un programme hebdomadaire clé en main.
En résumé : les chaussures à plaque carbone fonctionnent vraiment. Elles améliorent l'économie de course de manière mesurable. Mais elles ne sont pas neutres sur ta biomécanique, et elles méritent une adoption progressive. Renforce tes pieds, introduis-les doucement, et réserve-les d'abord à tes courses objectif.
Tu t'es inscrit aux 20 km de Lausanne. Peut-être il y a des mois, peut-être sur un coup de tête un soir où tu te sentais en forme. Et maintenant le départ approche. Tu regardes ton dossard, tu vérifies la météo, tu recalcules ton allure une dernière fois. Cette petite voix dans ta tête : « Est-ce que j'ai vraiment tout préparé ? »
Cet article répond à cette question. On passe en revue tout ce que tu dois savoir pour arriver sur la ligne de départ confiant, gérer les 20 km de Lausanne de façon intelligente et franchir la ligne d'arrivée avec le sourire — que ce soit pour boucler ta première distance ou pour enfin battre mon record sur cette course.
Avant de parler stratégie, quelques repères sur la course elle-même. Les 20 km de Lausanne, c'est 44 ans d'histoire. La première édition a eu lieu en 1982, à l'initiative de Juan Antonio Samaranch, alors président du CIO, qui voulait faire de Lausanne une vraie ville olympique. En 1982, 1 470 coureurs franchissaient la ligne. Aujourd'hui, on parle de plus de 36 000 participants. C'est la deuxième plus grande course à pied de Suisse.
Au niveau du dénivelé : 168 mètres de dénivelé positif et 174 mètres de dénivelé négatif. Exigeant, mais pas insurmontable. Le point le plus haut se situe à 536 mètres d'altitude, au 12e kilomètre, et ensuite c'est quasiment que de la descente jusqu'à l'arrivée.
Info pratique utile : le fichier GPX avec la trace du parcours est disponible au téléchargement sur le site internet de la course. Si tu as une montre de sport, c'est le moment de l'ajouter.
Le parcours des 20 km de Lausanne kilomètre par kilomètre
Les 20 km de Lausanne, c'est trois courses en une. Si tu ne les connais pas à l'avance, tu risques de les subir dans l'ordre au lieu de les gérer. Voici comment lire le parcours.
Du km 0 au km 5 : le piège du lac
Le départ se fait à Vidy, au bord du lac Léman (un lac situé entre la Suisse et la France). C'est plat, c'est magnifique — et c'est dangereux. Des milliers de coureurs autour de toi, la foule qui encourage, la musique. Tout t'encourage à accélérer. C'est exactement là qu'il faut résister.
Si ton objectif est de courir les 20 km de Lausanne en 1h50, tu dois couvrir ces 5 premiers kilomètres à 1h55 de rythme. Pas moins. La côte qui arrive au 7e kilomètre se chargera de te corriger si tu as cramé tes réserves trop tôt. Retiens ce principe : cours à l'allure prévue, pas à l'allure ressentie — surtout au début.
Du km 5 au km 12 : la montée vers la ville
À partir du 5e km, le profil change. Tu quittes le lac et tu montes vers le cœur de Lausanne. Les pavés apparaissent, les rues se resserrent. C'est ici que tu passes par certains des plus beaux endroits de la ville : la vieille ville, les abords de la cathédrale. Profites-en pour regarder autour de toi et gérer ton effort.
Le point culminant arrive au 12e kilomètre, à 536 mètres d'altitude. Si tu as bien géré le lac, tu arrives là avec de l'énergie en réserve. Si tu as mal géré, tu le sais déjà. Autour du 10e km se trouve le timing intermédiaire, aux côtes de Montbenon — un repère utile pour vérifier si tu es dans tes temps.
Conseil clé dans les montées : raccourcis la foulée plutôt que de ralentir brutalement. Garde les bras actifs, le regard 3 à 4 mètres devant toi. N'essaie pas de rattraper du temps dans les montées — tu le retrouveras dans la descente.
Du km 12 au km 15 : la descente, attention aux quadriceps
Après le sommet, on retourne vers le lac. La descente semble plus facile — elle peut détruire des quadriceps déjà fatigués si tu ne gères pas l'allure. C'est aussi à ce moment que le moral peut commencer à vaciller. Tu as fait plus de la moitié, tu sens les jambes, l'arrivée semble encore lointaine. C'est là que la préparation mentale devient concrète : tu avais prévu ce moment. Tu sais que c'est normal.
Le km 15 : le seul ravitaillement solide
Au 15e kilomètre, tu trouves le seul ravitaillement solide du parcours des 20 km de Lausanne : barres énergétiques, pommes et carottes. En plus des postes de ravitaillement en eau répartis sur le tracé, plusieurs fontaines sont disponibles sur le parcours.
Si tu vises plus d'1h45, c'est ici que tu dois prendre quelque chose — sans t'arrêter, sans te bousculer. Et entraîne-toi à manger en courant avant le jour J : mâcher et avaler en mouvement, ça s'apprend. Si tu prends un gel, toujours avec de l'eau juste après pour éviter les mauvaises surprises digestives.
Du km 15 au km 20 : la gestion mentale pure
Les jambes sont lourdes, l'esprit commence à calculer. Encore 5 km, encore 4, encore 3. Le conseil le plus utile : découpe ces derniers kilomètres en petits segments. Un kilomètre à la fois, puis 500 mètres, puis jusqu'au prochain poteau. Et enfin, le stade Pierre-de-Coubertin apparaît. L'entrée dans la piste, l'ambiance. Tu l'as bien mérité.
Les 3 erreurs classiques à éviter
Ce sont les erreurs que les coureurs de tous les niveaux répètent aux 20 km de Lausanne, édition après édition. La bonne nouvelle : maintenant que tu les connais, tu ne les feras plus.
Erreur n° 1 : partir trop vite sur les premiers kilomètres plats. On en a déjà parlé, mais ça mérite d'être répété comme une erreur à part entière, tellement c'est fréquent. La solution concrète : note ton allure cible sur ton poignet, ou programme une alerte sur ta montre. Les 5 premiers kilomètres, cours 5 à 10 secondes par km plus lentement que ton objectif. Tu récupères la différence dans la deuxième moitié.
Erreur n° 2 : tester quelque chose de nouveau le jour J. Nouvelle chaussure, nouveau gel, nouveau t-shirt, nouveau bracelet connecté. Ça peut paraître être une bonne idée — c'est souvent une catastrophe. Les ampoules aux pieds, les crampes à l'estomac à cause d'un gel jamais testé, la coupure sous le bras du t-shirt jamais porté à l'effort. Ce n'est pas le jour J qu'on découvre ces problèmes.
Erreur n° 3 : négliger la logistique du matin. Arriver stressé sur le site parce qu'on a mal calculé le trajet, perdu du temps à trouver la consigne des sacs, oublié sa confirmation d'inscription. La logistique, ça se prépare au plus tard la veille. Pas le matin de la course. Le stress du matin pollue la course avant même le départ. Un départ serein, c'est déjà de la performance en plus.
Affûtage : ce qu’il faut faire — et ne pas faire
L'affûtage, c'est cette phase juste avant la compétition que la plupart des coureurs amateurs gèrent le moins bien. Soit ils en font trop, soit pas assez. Concrètement : on réduit progressivement l'intensité d'entraînement pour que le corps soit au meilleur de sa forme le jour des 20 km de Lausanne.
Pour une course de cette distance — qui s'apparente à un semi-marathon en termes d'effort — une semaine à dix jours d'affûtage est la bonne fenêtre pour la majorité des coureurs amateurs.
Ce que tu fais pendant cette semaine :
Sorties plus courtes, à allure très facile — tu dois pouvoir parler sans t'essouffler
Zéro séance difficile : pas d'intervalles, pas de seuil, pas de tempo run
Tu peux continuer à sortir pour maintenir la vivacité des jambes, très légèrement
Les trois jours avant la course : très léger, très court
Le mythe à démolir : « il faut courir pour ne pas perdre la forme »
C'est le mythe numéro 1 de la semaine avant les 20 km de Lausanne. La forme que tu as construite sur des semaines de préparation ne disparaît pas en 5 jours. Par contre, une séance trop intense à J-3 ou J-4 peut te laisser avec des jambes lourdes le jour de la course.
Le repos actif, c'est aussi du travail. Si tu te sens coupable de ne pas courir, rappelle-toi : la forme est là, elle ne disparaît pas. Ce que tu construis cette semaine, c'est de la fraîcheur. Et c'est ça qui fera la différence.
Nutrition avant, pendant et après la course
Les 20 km de Lausanne représentent entre 1h20 et 2h15 d'effort pour la grande majorité des participants. La nutrition joue un rôle réel — pas aussi critique que pour un marathon, mais suffisamment pour que de mauvais choix coûtent cher.
La veille
Un repas riche en glucides : pâtes, riz, pain, pommes de terre. Classique, connu, déjà testé. Pas d'innovation. Ce n'est pas le soir avant les 20 km de Lausanne qu'on teste un nouveau restaurant. En cas de doute : pâtes à l'huile d'olive et parmesan. Commence à bien t'hydrater dès la veille — eau, tisane, jus de fruits.
Le matin de la course
L'objectif : avoir le carburant sans avoir l'estomac plein au départ. Mange entre 2h30 et 3h avant ton bloc de départ. Pain blanc, confiture ou miel, café si tu en bois habituellement. Ce qu'il faut éviter : fibres, pain complet, céréales, graisses en quantité, laitages si tu es sensible.
Beaucoup de coureurs n'ont pas faim le matin à cause du stress. Force-toi quand même légèrement — ton corps en aura besoin au 15e kilomètre.
Pendant la course
Si tu vises plus d'1h45, prends quelque chose au 15e km : banane bien mûre, barre, ou gel. Un gel, c'est toujours avec de l'eau juste après. Et règle absolue : les gels du jour de course doivent avoir été testés à l'entraînement — même marque, même parfum, même fréquence. Un gel jamais testé peut ruiner ta course aux 20 km de Lausanne.
Pour l'hydratation : une gorgée à chaque poste, n'attends pas d'avoir soif, et évite les grandes quantités d'un coup.
Après la course
Dans les 30 minutes après l'arrivée, mange quelque chose avec des protéines : barre de récupération, yaourt, boisson protéinée. Réhydrate-toi progressivement. Des masseurs professionnels sont disponibles à l'arrivée dans le stade Pierre-de-Coubertin — profites-en, tes jambes te remercieront le lendemain.
Logistique du week-end des 20 km de Lausanne
Programme des trois jours :
Vendredi 24 avril : retrait des dossards et apéro run
Samedi 25 avril : retrait des dossards, course junior et 5 km
Dimanche 26 avril : les 20 km de Lausanne avec départs dès 9h30, et un 10 km en journée
Retrait du dossard : au Village Expo ou sur site jusqu'à une heure avant le départ. N'oublie pas ta confirmation d'inscription. Les dossards sont classés par numéro — connais le tien à l'avance. En 2026, tu as sélectionné ton bloc de départ à l'inscription : sois-y 10 minutes avant le coup de pistolet.
Transports : le dossard donne accès aux transports publics dans toute la zone le jour de la course. Télécharge ton billet sur le site de l'organisation avant de partir.
Sur site : arrive 45 à 60 minutes avant ton bloc. Ça laisse le temps de déposer ton sac, de trouver les WC et de t'installer sereinement.
Ces informations sont issues du site internet de l'organisateur et sont susceptibles de modification.
Gérer l’après-course, quelle que soit l’issue
On parle beaucoup de la course, beaucoup moins de ce qui se passe après. C'est pourtant souvent là que les coureurs amateurs ont le plus de mal — surtout quand on s'est préparé pendant des mois pour les 20 km de Lausanne.
Le vide post-course, c'est normal. Tu as consacré des semaines à cette préparation. Et là, le dimanche soir, il n'y a plus rien. Avant même le jour J, il est utile d'avoir en tête une prochaine étape — une sortie avec des amis, un objectif léger — quelque chose qui maintient l'envie de bouger.
Pour la récupération : une demi-semaine à une semaine sans course à pied est une bonne base. Les signaux qui t'indiquent que tu es prêt à reprendre — tu dors bien, plus de douleur musculaire ou articulaire, et l'envie de courir est revenue par envie réelle, pas par culpabilité.
Et si la course ne se passe pas comme prévu ? Identifie les causes — météo, erreur de gestion, état physique — ça te donne une explication, pas une excuse. Les 20 km de Lausanne reviennent chaque année. Un résultat décevant n'efface pas les mois d'entraînement. Il dit juste ce qui s'est passé ce jour-là, dans ces conditions-là.
Télécharge ton plan des 2 dernières semaines
Pour ne rien oublier jusqu'au 26 avril, j'ai préparé une ressource gratuite : un plan jour par jour couvrant les deux dernières semaines avant les 20 km de Lausanne. Pour chaque journée : entraînement, nutrition, préparation mentale et points logistiques.
Lancé en 2024 par un comité d'organisation de sept personnes, l'Up and Down Aigle s'est imposé en trois éditions seulement comme l'un des rendez-vous incontournables de la course de montagne en Suisse. Le principe est simple et exigeant à la fois : un format montée-descente, court et explosif, ouvert à tous — des populaires aux élites, des enfants aux masters.
Cette 3e édition marquait un tournant. Pour la première fois, les catégories U16 garçons et filles disputaient un Championnat suisse de course de montagne. S'y ajoutaient les titres nationaux U18, U20 et élites — hommes et femmes — ainsi qu'une course de sélection pour les Championnats d'Europe Off-Road prévus début juin à Kamnik, en Slovénie. Une journée chargée, donc. Historique, même.
La neige comme premier adversaire
La semaine précédant la course avait mis les nerfs du comité à rude épreuve. Des chutes de neige importantes sur les hauteurs d'Aigle avaient contraint les organisateurs à retravailler le parcours en urgence. Une double contrainte, comme l'expliquait Laurent Niquille, président du comité, au micro d'Au-delà du mur quelques minutes avant le départ : sécurité des coureurs sur les portions techniques du haut, et accueil du public sur la place de fête.
Le pari a été tenu. Parcours adapté, conditions certes exigeantes, mais journée vécue sous un soleil de mars qui a réchauffé les esprits autant que les corps. « Les sourires sont là, les félicitations des spectateurs sont déjà entendues », confessait Laurent Niquille, visiblement soulagé dès les premières courses.
Axelle Genoud : la confirmation d’une révélation
Il y a un an, Axelle Genoud débarquait à Aigle un peu par hasard. Elle repartait avec une 2e place qui avait surpris tout le monde — elle la première. Cette année, la Châteloise de 20 ans est venue chercher la victoire. Et elle l'a obtenue, de la manière la plus convaincante qui soit : en tête du début à la fin.
Championne suisse élite femmes 2026, Axelle Genoud incarne à elle seule l'une des trajectoires les plus étonnantes de la course de montagne suisse. Ancienne footballeuse, elle a découvert le trail il y a à peine deux ans. Depuis, tout s'est enchaîné à une vitesse vertigineuse : sélections nationales, Mondiaux 2025 à Canfranc, médaille de bronze par équipes, et maintenant ce titre à Aigle.
Ce qui frappe chez elle, c'est l'équilibre. Étudiante en physiothérapie à la HES-SO, elle jongle entre les cours, les entraînements et les voyages avec une sérénité déconcertante. « Mon entourage me permet de me concentrer à 100% sur mes études et sur la course », explique-t-elle. Un entourage familial omniprésent — ses parents la suivent sur chaque course — et un entraîneur qu'elle décrit comme « juste incroyable ».
Pour la suite de la saison, les ambitions sont claires : les Championnats d'Europe de Kamnik en juin, le Cross du Mont Blanc, une étape des Golden Trail Series en Autriche, et peut-être la semaine UTMB. Une saison chargée, menée avec la même légèreté apparente qui caractérise son style de course.
ITW d'Axelle Genoud, Championne suisse 2026 de course de montagne.
Adrien Briffod : l’olympien qui tombe amoureux de la montagne
Si Axelle Genoud a surpris, Adrien Briffod a confirmé ce que beaucoup pressentaient depuis sa 4e place à Sierre-Zinal en 2025 : cet homme a le niveau pour gagner en montagne.
Triathlète professionnel pendant plus de dix ans, participant aux Jeux Olympiques de Paris 2024, Adrien Briffod a amorcé sa transition vers la course de montagne avec une méthode qui lui ressemble — pragmatique, structurée, et assumée. Ce samedi à Aigle, il s'imposait pour la première fois sur ce format, devant Nathan Wanner et Roberto Delorenzi.
Sa course a été tactique. Économe dans la première montée, prudent dans la descente initiale — « je voulais voir où ils passaient, leur ligne » — il a attaqué franchement dans la deuxième montée pour créer l'écart décisif. Une gestion de course qui rappelle ce qu'il a appris pendant des années en triathlon : ne jamais tout donner trop tôt.
Ses objectifs pour 2026 sont ambitieux mais ciblés : Zegama-Aizkorri, le Marathon du Mont Blanc et Sierre-Zinal. Pas question de suivre l'intégralité du circuit Golden Trail World Series — il préfère se concentrer sur quelques courses et y être vraiment prêt. « J'ai envie d'être performant sur ces courses et de m'amuser », résume-t-il simplement.
Ce qui est frappant dans son discours, c'est la lucidité. Il sait d'où vient sa force — le volume accumulé en triathlon, les heures de vélo en montée qui construisent une base aérobie exceptionnelle — et il sait ce qu'il lui reste à développer : la technicité, la lecture du terrain, la gestion des descentes. Un chantier qu'il aborde avec l'enthousiasme de quelqu'un qui a trouvé sa prochaine montagne à gravir.
ITW d'Adrien Briffod, Champion suisse 2026 de course de montagne.
Nathan Wanner et Roberto Delorenzi : le podium des grands
Double vainqueur sortant et recordman du parcours, Nathan Wanner n'a pas pu défendre son titre ce samedi. Mais à 24 ans — c'était son anniversaire — il termine 2e dans une course d'une densité rare. Trois mois sans compétition, une reprise directement au feu, et une belle bataille jusqu'au bout. « Je pouvais pas rêver mieux comme opposition », glissait-il avec le sourire.
Ses objectifs pour 2026 sont clairement définis : d'abord la qualification pour les Championnats d'Europe Up and Down, puis Sierre-Zinal, avec en préparation la Skyrace des Marécottes et le Croce du Mont Blanc. Un programme solide pour un athlète qui vient de la piste — 800m, 1500m — et qui s'est découvert une passion pour la montagne presque par hasard, après une rencontre avec François Leboeuf.
Roberto Delorenzi, lui, complète le podium avec la sérénité d'un champion qui sait gérer ses efforts. Champion d'Europe Up and Down 2024 et vainqueur de la Skyrunner World Series, le Tessinois revenait d'un stage d'entraînement axé sur les longues distances. Une préparation spécifique qui explique en partie sa 3e place, sans la diminuer. Pour 2026, son calendrier s'oriente vers des formats plus longs : Zegama, Sierre-Zinal, Marathon du Mont Blanc, et des épreuves UTMB. Le circuit Golden Trail World Series ne sera pas sa priorité cette saison.
François Leboeuf : la famille avant tout
Difficile de parler de l'Up and Down Aigle sans parler de la famille Leboeuf. Ce samedi, ils étaient cinq à prendre le départ : François, sa femme Theres, leurs enfants Lea, Emil et la petite Magali. Une journée de famille au sens littéral du terme.
François s'est imposé chez les M40 et a terminé 8e au général — une performance remarquable pour celui qui est également membre du comité d'organisation de la course. Mais le moment le plus touchant de la journée est venu d'ailleurs. La famille avait réservé une surprise — que je vous laisse découvrir en écoutant l'épisode.
Ce qui ressort de sa séquence, c'est une philosophie de vie cohérente et assumée. « Ma priorité, ça reste le travail, ma famille, le coaching. Les résultats de course à pied, c'est le bonus. » Une posture rare chez un athlète de ce niveau, et qui explique peut-être pourquoi il continue à performer semaine après semaine, sans pression, avec le plaisir comme carburant principal.
Kenzo Regad : le courage de parler des moments difficiles
Champion suisse de trail en 2024, Kenzo Regad traverse en ce moment une période moins faste. Des résultats qui ne correspondent pas à ses attentes, une saison 2025 vécue douloureusement. Il en parle sans détour, avec une honnêteté qui tranche avec les discours lisses qu'on entend souvent dans le sport.
« J'ai quasiment pas fait de bonnes courses en 2025. J'ai un peu fini dégoûté. » La suite de sa saison ? Un trail local dans le Jura pour retrouver le plaisir, puis Neirivue-Moléson, peut-être Sierre-Zinal. Des objectifs mesurés, portés par une envie de retrouver la légèreté.
Ce témoignage-là, c'est peut-être celui qui résonne le plus fort pour les coureurs amateurs. Parce que les passages à vide, tout le monde les connaît. Et voir un champion en parler franchement, ça aide.
La Junior Trail Series : un nouveau souffle pour la relève
En marge des courses élites, Swiss Athletics lançait ce samedi la Junior Trail Series — un tout nouveau circuit national qui intègre les jeunes dès 14 ans dans des courses existantes, avec un classement dédié. L'Up and Down Aigle en est la course inaugurale.
Lova Corta, coordinatrice du projet, explique la vision : offrir aux jeunes des expériences motivantes en nature, au contact des meilleurs, dans des événements déjà bien organisés. « Pour les jeunes, voir leur modèle performer à côté, ça les motive et ça leur permet de se projeter. »
13 épreuves sont prévues au calendrier 2026. Une année de lancement, avec comme premier indicateur de succès non pas les résultats, mais l'engouement — la participation, les questions, le plaisir.
Ce que cette journée dit de la course de montagne suisse
En trois ans, l'Up and Down Aigle est passé d'un événement local à un championnat national avec des catégories inédites, un plateau élite de classe internationale et une capacité à attirer les meilleurs athlètes du pays. C'est le résultat d'un comité hétérogène, d'athlètes impliqués dans l'organisation, et d'une philosophie inclusive revendiquée dès le départ.
Ce samedi à Aigle, on a vu un olympien gagner sa première course de montagne, une ancienne footballeuse de 20 ans devenir championne suisse, une famille courir ensemble de 8 à 60 ans, et des jeunes de 14 ans découvrir la compétition aux côtés des élites.
La course de montagne suisse se porte bien. Très bien, même.
Rendez-vous le 27 avril 2027 pour la 4e édition.
J'ai enregistré un épisode audio avec tous ces invités