Le Wildstrubel fait partie de ces courses qui font rêver et qui font peur en même temps. Un massif alpin, deux cantons suisses, des cols à plus de 2000 mètres, et une boucle reine qui dépasse les 100 kilomètres. Si tu as coché ce nom sur ton calendrier, ou si tu te demandes simplement si c'est un objectif réaliste pour toi, cet article est fait pour ça. On va regarder ce que l'événement propose concrètement, ce que le terrain demande, et surtout comment préparer un trail de ce type quand tu jongles entre le boulot, la famille et trois créneaux d'entraînement par semaine.
Wildstrubel : ce que propose vraiment l'édition 2026
Le Wildstrubel se déroule du 10 au 13 septembre 2026 autour de Crans-Montana, une station du canton du Valais, en Suisse romande, perchée sur un plateau à environ 1500 mètres d'altitude. L'événement fait partie du circuit UTMB World Series, ce qui signifie que certaines distances rapportent des Running Stones et permettent de viser les finales du circuit.
L'organisation annonce six distances, de 10 kilomètres à 113 kilomètres. Toutes convergent vers Crans-Montana, mais elles ne partent pas du même endroit. C'est un point d'organisation à intégrer très tôt dans ta préparation logistique, parce qu'il change ta veille de course.
La course reine, le Wild 110, s'élance de Crans-Montana le 11 septembre 2026 sur 113 kilomètres et 6600 mètres de dénivelé positif. Le tracé fait le tour complet du massif du Wildstrubel et du glacier de la Plaine Morte. Il traverse deux cantons, deux régions linguistiques et cinq destinations : Crans-Montana, Loèche-les-Bains, Kandersteg, Adelboden et Lenk. Le parcours a été imaginé par le Suisse Jean-Yves Rey, vainqueur de la CCC en 2009.
Le point culminant se situe à la cabane du Wildstrubel, autour de 2800 mètres d'altitude. Entre les deux versants, les coureurs franchissent le col de la Gemmi à 2268 mètres et le col du Rawyl à 2427 mètres. La fin de parcours redescend côté valaisan, longe le lac de Tseuzier et emprunte le bisse du Ro, un ancien canal d'irrigation accroché à la falaise.
Wildstrubel : cinq formats pour cinq profils de coureurs
C'est la vraie bonne nouvelle du Wildstrubel : tu n'es pas obligé de viser les 113 kilomètres pour vivre l'événement. Les formats couvrent un spectre très large, du premier trail à l'ultra.
- Le Wild 110 part de Crans-Montana le 11 septembre : 113 kilomètres, 6600 mètres de dénivelé positif.
- Le Wild 70 part de Kandersteg le 11 septembre : 72 kilomètres, 4600 mètres de dénivelé positif.
- Le Wild 55 part d'Adelboden le 12 septembre : 55 kilomètres.
- Un format court s'élance de Loèche-les-Bains.
- Le Wild NextGen part de Crans-Montana le 12 septembre : 10 kilomètres, 500 mètres de dénivelé positif.
Le programme comprend aussi des formats dédiés aux jeunes trailers, aux enfants et aux personnes en situation de handicap. Autrement dit, le Wildstrubel n'est pas réservé à une élite d'ultra-traileurs. C'est un événement où un coureur qui découvre la montagne peut trouver sa place le même week-end qu'un finisher de 100 kilomètres.
Le conseil que je donnerais à un coureur de route qui bascule sur le trail : ne saute pas d'étape. Le Wild NextGen ou un format court, c'est déjà une vraie expérience de montagne. Beaucoup de coureurs amateurs se brûlent en visant trop grand trop vite, et abandonnent la discipline après une seule expérience douloureuse.
Wildstrubel : pourquoi le parcours est plus exigeant qu'il n'y paraît
Sur le papier, on lit des kilomètres et un dénivelé. Sur le terrain, le Wildstrubel ajoute trois contraintes que les chiffres ne montrent pas.
La première, c'est l'altitude. Passer la Gemmi à 2268 mètres, le Rawyl à 2427 mètres et la cabane du Wildstrubel autour de 2800 mètres, ce n'est pas neutre. Au-dessus de 2000 mètres, ta fréquence cardiaque monte pour une allure identique, et ta capacité à digérer se dégrade. Si tu vis et t'entraînes en plaine, tu vas découvrir cette sensation le jour de la course. Ce n'est pas une raison de renoncer, c'est une raison de calibrer tes attentes de chrono à la baisse.
La deuxième, c'est le terrain haute montagne. L'univers minéral autour du massif n'a rien à voir avec un chemin forestier roulant. Les portions techniques coûtent cher en concentration et en muscles stabilisateurs, pas seulement en cardio.
La troisième, c'est la météo. Mi-septembre en altitude, tu peux avoir du soleil à 20 degrés à Crans-Montana et de la neige fondue au col. Cette amplitude explique pourquoi le matériel obligatoire existe et pourquoi il faut le prendre au sérieux plutôt que le subir.
Wildstrubel : la logistique à anticiper bien avant le dossard
C'est le point que les coureurs amateurs sous-estiment le plus, et c'est souvent celui qui coûte le plus cher en fatigue nerveuse.
Sur le Wildstrubel, les départs ne sont pas tous donnés au même endroit. Le Wild 110 et le Wild NextGen partent de Crans-Montana, le Wild 70 de Kandersteg, le Wild 55 d'Adelboden, et un format court de Loèche-les-Bains. Kandersteg et Adelboden se trouvent dans le canton de Berne, de l'autre côté du massif : ce n'est pas un transfert de quinze minutes.
Concrètement, cela veut dire trois choses.
D'abord, si tu vises le Wild 110, tu es dans la configuration la plus simple : départ et arrivée à Crans-Montana, donc pas de transport à réserver le jour de la course. Ensuite, si tu vises un autre format, tu dois intégrer le trajet aller dans ta veille de course, et donc dans ton sommeil. L'organisation recommande d'utiliser au maximum les transports publics, ce qui est un vrai atout en Suisse mais impose de vérifier les horaires à l'avance. Enfin, tu dois anticiper l'hébergement : mi-septembre, une station comme Crans-Montana se remplit vite quand un événement du circuit UTMB World Series s'y installe.
Mon conseil : bloque la logistique du week-end au moment où tu valides ton inscription, pas trois semaines avant. Une nuit courte et un transfert stressant la veille peuvent coûter davantage qu'une séance d'entraînement manquée.
Wildstrubel : les trois erreurs de préparation les plus fréquentes
Je vois revenir les mêmes trois erreurs chez les coureurs amateurs qui préparent un objectif comme le Wildstrubel.
Première erreur : préparer le dénivelé positif et oublier la descente. Ce sont les descentes qui détruisent les quadriceps et qui font exploser les chronos en fin de course. Sur une boucle qui monte 6600 mètres, tu redescends autant. Si tes seules sorties en côte se terminent par un retour en télécabine, ton corps n'a jamais appris à encaisser l'impact excentrique.
Deuxième erreur : convertir le trail en kilomètres. Une sortie de 15 kilomètres avec 1000 mètres de dénivelé n'a rien à voir avec 15 kilomètres de plat. Raisonne en temps d'effort, pas en distance. C'est le seul repère qui reste valable quand tu passes d'un terrain à l'autre.
Troisième erreur : négliger la marche. Sur les longues montées d'un parcours comme celui-là, tu vas marcher. Beaucoup. Et pourtant, presque personne ne s'entraîne à marcher vite en côte. C'est une compétence, avec une technique, un rythme respiratoire et un usage des bâtons qui s'apprennent.
Wildstrubel : construire ton volume sans te blesser
Tu n'as pas besoin de dix heures d'entraînement par semaine pour terminer un trail de montagne. Tu as besoin de régularité et de progressivité.
Le principe de base tient en une phrase : augmente ta charge lentement et de façon prévisible. La plupart des blessures de coureur amateur viennent d'une augmentation trop rapide du volume, du dénivelé ou de l'intensité, souvent les trois en même temps parce qu'une échéance approche.
Une structure simple qui fonctionne pour un objectif comme le Wildstrubel, sur trois à quatre séances par semaine :
- une sortie longue, qui grandit progressivement en temps d'effort et qui devient ton laboratoire nutrition et matériel ;
- une séance de côtes ou de dénivelé spécifique, en montée franche puis en descente contrôlée ;
- une sortie facile en endurance fondamentale, à une allure où tu peux tenir une conversation ;
- si le planning le permet, une quatrième séance courte, en qualité ou en renforcement.
Et une semaine allégée toutes les trois semaines environ. C'est la semaine que tout le monde saute, et c'est souvent celle qui protège la saison.
Wildstrubel : tester sa nutrition et son matériel avant le jour J
Un trail long ne se joue pas seulement sur les jambes. Il se joue sur ce que tu arrives à avaler et à supporter pendant des heures.
La règle est simple et pourtant régulièrement ignorée : rien de nouveau le jour de la course. Ni gel inconnu, ni chaussures neuves, ni sac jamais porté chargé. Chaque sortie longue est l'occasion de tester une stratégie et de la corriger.
Trois points méritent une attention particulière sur un événement comme le Wildstrubel :
- l'apport en glucides, à répéter régulièrement plutôt qu'à empiler d'un coup au ravitaillement ;
- l'hydratation et les électrolytes, avec des besoins qui changent énormément entre une vallée chaude et un col venteux ;
- le sac et le matériel obligatoire, à porter chargé sur au moins deux ou trois sorties longues avant la course pour repérer les frottements.
Le matériel obligatoire et les conditions d'inscription sont détaillés sur le site officiel de l'événement, Wildstrubel (https://wildstrubel.utmb.world/fr). Va le lire tôt, pas la semaine d'avant : certains éléments coûtent cher et demandent d'être testés.
Wildstrubel : tenir mentalement dans les longues montées
Sur un trail de montagne, le mur n'arrive pas forcément dans les jambes. Il arrive souvent dans la tête, au milieu d'une montée qui n'en finit pas, quand tu réalises qu'il reste plusieurs heures d'effort.
Trois repères aident vraiment.
Découpe la course. Personne ne court 113 kilomètres, ni même 55. Tu cours jusqu'au prochain ravitaillement, puis jusqu'au suivant. Cette segmentation transforme un chiffre écrasant en une série d'objectifs gérables.
Accepte les creux. Un passage difficile n'est pas le signe que tout est fichu. C'est une phase normale, souvent liée à un déficit calorique ou à une baisse de température. Mange, couvre-toi, et laisse passer vingt minutes avant de prendre une décision définitive.
Prépare une réponse à la question « pourquoi je fais ça ». Elle sonne un peu naïve à froid, mais à 2400 mètres sous la pluie, avoir une raison claire change tout.
Wildstrubel : l'action concrète à tester cette semaine
Une seule action, à faire cette semaine, quel que soit ton niveau et quelle que soit la distance visée sur le Wildstrubel.
Sur ta prochaine sortie, trouve une côte qui te demande au moins dix minutes de montée, et monte-la en marchant vite, sans jamais courir, en gardant une respiration contrôlée. Chronomètre-la. Redescends tranquillement en te concentrant sur des appuis courts et une pose de pied souple, sans freiner avec les talons.
Une montée, une descente, dix minutes chacune. C'est mesurable, ça ne demande aucun matériel, et ça travaille exactement les deux compétences que le Wildstrubel exigera de toi.
Si tu veux aller plus loin sur la préparation trail et la prévention des blessures, retrouve les autres articles et épisodes sur le blog du podcast Au-delà du mur (https://audeladumur.ch/blog-addm/).
Je te propose aussi d'écouter l'épisode que j'avais enregistré avec le président Ryan Baumann.
Et toi, quelle distance tu vises sur cet événement ? Dis-le-moi en commentaire.