Il existe des courses que l'on coche sur son calendrier parce qu'elles sont grandes. Et il en existe d'autres que l'on garde précieusement parce qu'elles sont justes. Les Défis du Niremont appartiennent à la seconde catégorie. Ce samedi 29 août 2026, la cinquième édition s'élance de Semsales, un village fribourgeois adossé aux flancs du Niremont et des Alpettes, à une trentaine de minutes de route de Fribourg et à environ trente-cinq minutes de Lausanne. Une course de montagne en contre-la-montre, deux distances, des parcours enfants et une promesse simple : transpirer, voir loin et repartir avec des produits du coin dans le sac. Voici ce qui attend celles et ceux qui prendront le départ, et ce que raconte cette course sur la manière dont on fabrique un événement qui dure.

Les Défis du Niremont sont nés d’une rencontre sur un sentier

Les Défis du Niremont n'ont pas été imaginés comme un grand projet. L'histoire commence en août 2021. Simon Chappuis randonne au Niremont, contemple le lever du soleil et imagine une course dans ce décor. L'idée prend forme lors d'une discussion avec Cédric Schlüchter, pour qui la montagne est depuis longtemps un terrain d'entraînement quotidien. Au micro du podcast, ce dernier raconte la scène avec beaucoup de simplicité : une rencontre un matin, en redescendant, avec quelqu'un qui montait. Dans sa tête, l'ambition tenait alors en une phrase — réunir quinze ou vingt copains coureurs et organiser un petit truc entre eux.

Avec l'arrivée de Mark Borter, le trio boucle la première édition en trois mois. Le projet est présenté au conseil communal de Semsales en avril, la commune s'investit immédiatement, et le 27 août 2022 cent cinquante personnes prennent le départ. Cédric Schlüchter le dit sans détour dans l'épisode : sans le soutien de la commune, rien n'aurait été possible dans ces délais.

En 2024, l'association se réorganise après les départs de Simon Chappuis et de Mark Borter, partis pour des raisons professionnelles. Cédric Schlüchter reprend la présidence avec une formule qui résume bien l'esprit du village : « seul, mais pas abandonné ». Il s'entoure de Marc Colliard, habitant de Semsales très connecté au tissu local, et de Lorick Buclin. Le comité d'organisation compte aujourd'hui plusieurs autres bénévoles, tous engagés à l'année. Car une course, ce n'est pas un samedi : à peine une édition bouclée, les demandes d'autorisation de la suivante partent déjà.

Lorick Buclin, lui, a fait le chemin inverse du coureur classique. Originaire de Semsales, où son grand-père vit toujours, mais domicilié dans le canton de Vaud, il a couru toutes les éditions avant de rejoindre le comité, où il s'occupe de la communication et du lien avec le chronométrage. Interrogé sur ce qui l'a poussé à passer de l'autre côté, il évoque une envie qui le travaillait depuis un moment et une opportunité tombée au bon moment.

Les Défis du Niremont proposent trois formats pour trois envies

Les Défis du Niremont alignent trois propositions bien distinctes, du premier challenge au vrai gros morceau.

Le traditionnel 11,7 km. Environ 650 mètres de dénivelé positif, 30 francs d'inscription. Le tracé débute à l'ancienne tour, emprunte la route du Niremont jusqu'au sentier « Le Traîna Manchou », grimpe vers Le Prévondes puis rejoint le ravitaillement du sommet par un chemin de gravier et à travers champs. La descente passe par Les Mauvaises Places et La Goille aux Cerfs avant de replonger sur le village par un petit sentier. C'est le parcours d'entrée, ouvert à la course comme à la marche.

Le double 360° de 22 km. 1 270 mètres de dénivelé positif, 40 francs d'inscription. La montée est identique à celle du 11,7 km, sprint compris. La différence se joue à la fin : arrivé au barrage dans le village, le parcours redescend le long de la Mortivue, remonte la route des Alpettes jusqu'à un ravitaillement en sortie de village, puis bifurque à droite vers le sommet des Alpettes. Le retour emprunte le sentier des Armaillis. Deux sommets, deux panoramas complets — d'où le nom.

Les parcours enfants. De 500 à 1 800 mètres selon les années de naissance, dans le village et ses abords. Les plus jeunes peuvent courir accompagnés d'un parent, et la récompense est une médaille en bois produite sur place.

Les Défis du Niremont misent sur un départ en contre-la-montre

C'est ce qui rend les Défis du Niremont reconnaissables entre mille, et c'est rare. Il n'y a pas de départ en masse. Chaque participant se présente quand il le souhaite dans la plage horaire prévue, son numéro de dossard est saisi, un compte à rebours de cinq secondes s'égrène, et il part. Rien d'autre.

Cédric Schlüchter explique dans l'épisode que ce choix répond d'abord à une contrainte environnementale. Le parcours traverse un secteur appelé Les Mauvaises Places, un haut-marais protégé. Diluer les coureurs dans le temps les rend plus disciplinés, les maintient sur le tracé et évite les débordements de part et d'autre du sentier. Un impératif de préservation devenu une identité de course.

Les bénéfices secondaires sont nombreux. Un couple avec enfants peut se relayer : l'un part à 9 h sur le 22 km, l'autre s'élance à son retour. Des bénévoles peuvent tenir un poste et courir dans la même journée. Et le suspense s'étire jusqu'au bout — quelqu'un peut quitter le podium virtuel pendant qu'il prend sa douche.

Pour Lorick Buclin, l'effet sur la gestion de course est radical. On ne se cale plus sur personne, on ne joue plus au chat et à la souris avec un concurrent. On fait son temps, on donne le meilleur de soi, puis on attend de voir. Une approche différente, dit-il, mais tout aussi plaisante que la tension d'une ligne de départ classique.

Les Défis du Niremont cachent une course dans la course

Dans la montée, un segment chronométré à part attend les participants : le Sprint. Neuf cents mètres pour 160 mètres de dénivelé positif, déclenchés au début du sentier du Traîna Manchou et arrêtés à la sortie de la forêt. Une bande de chronométrage à chaque extrémité, et un classement autonome à la clé.

Les records actuels appartiennent à Lorick Buclin chez les hommes et à Justine Di Certo chez les femmes. Autant dire que le premier connaît le terrain : au moment de l'enregistrement de l'épisode, il détenait les records sur les deux parcours et avait gagné toutes les éditions depuis la création.

Ce genre de segment change la stratégie. Placer une cartouche dans une montée que l'on doit encore avaler pendant plusieurs kilomètres, c'est un pari. Le tenter est tentant ; le payer plus haut l'est nettement moins.

Les Défis du Niremont se préparent : les conseils du recordman

Réussir les Défis du Niremont tient à trois choses, et aucune ne relève du hasard. Interrogé sur ce qu'il faut travailler pour performer sur le 11,7 km, Lorick Buclin donne trois axes.

L'échauffement, non négociable. Le dénivelé est mal réparti — il est concentré, brut, et la montée démarre dans le dur dès la sortie du village. Arriver froid sur une pente pareille, c'est accepter dix minutes de course dégradée. Vingt minutes de mise en route en amont valent largement le détour par la zone de départ.

L'acclimatation à la chaleur. Fin août, en plein après-midi, l'exposition peut piquer. Être habitué à courir dans des conditions chaudes évite que la météo ne devienne le facteur limitant. Sur un départ libre, ce paramètre se pilote en partie : partir tôt n'est pas qu'un confort logistique.

Le travail dans les cailloux. La descente est technique par endroits. S'y entraîner en amont, c'est arriver à l'aise plutôt que crispé, et perdre moins de temps sur les portions rugueuses.

À cela s'ajoute un point que les coureurs sous-estiment souvent : la descente casse plus qu'elle ne repose. Une revue narrative parue dans Sports Medicine rappelle que les sections en descente accentuent les dommages musculaires induits par l'exercice, et documente le phénomène de repeated bout effect — une première séance orientée descente protège partiellement les muscles lors des suivantes. En clair, si votre préparation n'a compté que du plat, vos quadriceps découvriront le sujet le jour J. Ce n'est pas une fatalité, mais cela s'anticipe sur plusieurs semaines, pas sur trois jours.

Bonne nouvelle pour la reconnaissance : un balisage permanent est fixé sur les mêmes panneaux que les sentiers pédestres, avec un code à scanner qui renvoie au site. Le tracé principal peut donc se parcourir à l'entraînement toute l'année sans risque de se perdre.

Les Défis du Niremont, heure par heure, ce samedi 29 août

  • Dès 8 h — ouverture du bureau de course : retrait des dossards, inscriptions sur place, dépôt des affaires personnelles.
  • Dès 8 h 30 — ouverture de la buvette à la salle polyvalente.
  • Dès 9 h — départs possibles sur les parcours de 11,7 km et de 22 km. Ouverture des animations enfants par Vertical Access.
  • Dès 9 h 15 — départs possibles pour la catégorie marche.
  • Dès 10 h — fin des inscriptions pour les courses enfants ; retrait du prix souvenir sur présentation du dossard.
  • Dès 11 h — courses enfants : 500 m parents-enfants et 500 m (2020-2024) à 11 h, 900 m (2016-2019) à 11 h 10, 1 800 m (2011-2015) à 11 h 30. Ouverture de la restauration devant la salle polyvalente.
  • 12 h — fin des inscriptions pour les catégories adultes.
  • 13 h — dernier départ adultes, puis podium et remise des prix des catégories enfants.
  • 14 h — cours de yoga récupération avec Pauline Dusaussoy.
  • 14 h 30 — heure limite d'arrivée pour toutes les catégories adultes.
  • 15 h — podium des parcours 11,7 km et 22 km, avec remise de prix aux trois premiers de chaque catégorie.

Les Défis du Niremont récompensent en produits du terroir

Là où beaucoup de courses distribuent un textile oublié en trois semaines, les Défis du Niremont ont fait le choix inverse. Ici, pas de t-shirt technique de plus au fond du tiroir. La ligne du comité est assumée : mettre en valeur les produits, les artisans et la région des Préalpes fribourgeoises. Lors de l'édition couverte dans l'épisode, chaque participant repartait avec une cuchaule AOP, un morceau de Niremont et une barquette de fruits et légumes. Comme le résume Cédric Schlüchter, le lendemain, quand on cuisine, on repense à la course.

La marche a également son supplément : lors des éditions précédentes, une option de planchette dégustation à La Goille aux Cerfs était proposée à l'inscription, en nombre limité. Un détail qui dit bien ce qu'est cet événement — une course de village, selon la formule de Lorick Buclin, où le sportif et le convivial ne s'opposent pas.

Cet ancrage n'est pas décoratif, il est vital. Interrogé sur le rôle des sponsors, Cédric Schlüchter est catégorique : sans eux, la course n'existerait pas, car les frais d'inscription seuls ne suffisent pas. Semsales est un village très actif, où les entreprises et artisans sont sollicités toute l'année par de nombreuses sociétés locales. Le comité entretient donc le lien hors saison — un café, un passage à la boucherie du village. Du donnant-donnant, dit-il. C'est probablement la leçon la plus transférable de cet épisode pour quiconque organise un événement sportif.

Les Défis du Niremont ont encore besoin de bras

Les inscriptions en ligne passent par la plateforme du chronométreur, et toutes les informations à jour figurent sur le site officiel de la course. Pour les retardataires, l'inscription sur place reste possible le jour même dès 8 h au bureau de course, avec une majoration de cinq francs pour les catégories adultes. Semsales est accessible en voiture comme en train, à une vingtaine de minutes de Bulle et de Palézieux.

Et si vous ne courez pas, il reste une place pour vous. L'organisation fait appel chaque année à des bénévoles pour couvrir les nombreuses plages horaires que génèrent deux parcours adultes, une catégorie marche et quatre courses enfants. Une page dédiée du site permet de s'annoncer en laissant simplement ses coordonnées. Neuf bénévoles au comité, des dizaines sur le terrain : c'est ce qui tient l'ensemble debout.

Les Défis du Niremont ne cherchent pas à devenir grands. Ils cherchent à rester justes — un sommet, une vue à 360°, un haut-marais préservé, un panier de produits locaux et un chrono que l'on va chercher seul. Pour un coureur amateur qui veut goûter à la course de montagne sans la pression d'une ligne de départ bondée, difficile de trouver mieux à cette période de l'année.

L'épisode complet du podcast, enregistré avec Cédric Schlüchter et Lorick Buclin, est à réécouter sur audeladumur.ch.

Et vous, un départ en contre-la-montre plutôt qu'un départ en masse : ça vous tente ou ça vous manque, cette adrénaline du coude-à-coude ? Dites-le en commentaire.