🗣️ Témoignage 1 : “Ils ne se rendaient même pas compte qu’ils me mataient”
À Genève, en 2013. 24 ans. Elle prépare un triathlon. Elle court au bord du lac. Deux hommes sur un banc la regardent passer. “À 50 mètres, je sentais qu’ils allaient se retourner.”
Elle s’arrête. Leur dit : “Vous me matez. C’est gênant. Arrêtez.”
Ils sont surpris. “On ne savait pas que ça se voyait.”
Ce qui l’a marquée ? Leur ignorance. Leur “c’est normal” inconscient.
Ce qu’elle a ressenti ? De la fierté. De la colère. De la lassitude.
Et surtout, elle a ressenti l’insécurité des femmes en course à pied — une réalité vécue, pas un mythe.
🗣️ Témoignage 2 : “J’ai couru contre un mur d’hommes – et ils m’ont insultée”
Sur le parcours de la Christmas Run. Elle court, dossard au cou. Trois hommes descendent en sens inverse. Elle ne bouge pas. “C’est à eux de se pousser.”
L’un d’eux lui tape l’épaule. Renverse son vin chaud. L’insulte. Elle réplique. Il la traite de “connasse”, puis de “fils de pute”.
Ce qui l’a marqué ? Le culot. L’absence de remords.
Ce qu’elle ressent ? De la colère. De la fatigue. “On devrait juste pouvoir courir sans se poser de questions.”
C’est ça, l’insécurité des femmes en course à pied — une peur quotidienne, invisible pour beaucoup.
🗣️ Témoignage 3 : “J’ai dû gérer un homme violent lors d’une sortie non mixte”
Joëlle, coach à DNH à Lausanne, raconte : un homme s’est greffé à un groupe de femmes. Elle lui demande poliment de partir. Il refuse. Il devient agressif. Il lance des saluts nazis. Il menace.
Ils continuent la sortie. “On ne voulait pas punir 30 femmes pour un seul homme.”
Ce qu’elle a ressenti ? De la démunition. De la peur.
Ce qui s’est passé après ? Il a quitté l’association. Seul. Sans explication.
Et c’est là que l’insécurité des femmes en course à pied devient systémique — pas individuelle.
🏙️ Joëlle (DNH) : “On a créé des parcours sécurisés… mais la non-mixité divise”
DNH, association de course à pied à Lausanne, a collaboré avec la ville pour créer 2 parcours sécurisés (8 km et 10 km), passant par des zones éclairées, avec des points d’eau, et des rues féminisées.
Mais la vraie bataille ? Les sorties non mixtes.
“On les fait 2 fois par an : 8 mars et 14 juin. On a des femmes qui adorent ça. D’autres le trouvent inutile. Même certaines femmes s’y opposent.”
Parce que l’insécurité des femmes en course à pied, c’est aussi une question de perception — et de pouvoir.
🏛️ Lise Corday (Ville de Lausanne) : “On a cartographié 2 parcours 100% sécurisés”
En 2019, une étude révélait que moins de 10% des femmes se sentent en sécurité en courant en ville. Lausanne a réagi.
“On a demandé à DNH de créer des parcours. On a organisé 5 sorties. 150 participations. Beaucoup de femmes n’avaient jamais couru autant.”
C’est ça, l’insécurité des femmes en course à pied — une barrière à surmonter, pas à ignorer.
🎓 Solène Froidevaux (Sociologue) : “C’est un problème systémique, pas individuel”
“Les femmes sont éduquées à l’hypervigilance. Elles apprennent à se méfier. À éviter. À s’adapter. C’est un travail mental épuisant.”
Elle explique :
- Le regard insistant = une forme de violence.
- La non-mixité = un outil politique, pas une discrimination.
- Les hommes = des alliés, pas des ennemis. “Changez votre comportement. Ne suivez pas une femme de nuit. Changez de trottoir.”
Et c’est là que l’insécurité des femmes en course à pied devient un enjeu sociétal — pas seulement personnel.
✅ 3 Conseils concrets pour courir en sécurité (même en ville)
- Évitez les zones isolées après 18h — surtout si vous êtes seule.
- Utilisez des écouteurs ouverts — pour entendre ce qui se passe autour de vous.
- Prévenez quelqu’un — de votre itinéraire, de votre heure de retour.
Parce que l’insécurité des femmes en course à pied, ce n’est pas une fatalité — c’est une question de choix, d’éducation, de solidarité.