Morat-Fribourg : 3 leçons mentales pour progresser
Je n’avais pas prévu que Morat-Fribourg se passerait comme ça. Pas une seule marche sur tout le parcours, pas un regard à la montre pendant 17.17 kilomètres. C’est aussi une course que je ressors comme la plus maîtrisée de ma vie de coureur amateur. Dans cet article, je reviens sur les trois leçons mentales qui ont porté cette course. Ce n’est pas pour me la raconter, mais parce qu’elles sont directement reproductibles sur n’importe quelle distance.
Morat-Fribourg 2026, le contexte d’une course particulière
Morat-Fribourg relie Morat, sur la rive est du lac du même nom, à Fribourg, sur un parcours de 17.17 kilomètres qui traverse plusieurs petites montées. Je connais ce tracé depuis plusieurs éditions. Ainsi, cela m’a permis de préparer une stratégie précise. Plutôt que de courir à l’instinct, j’ai opté pour la préparation.
Arrivé une heure et quart avant mon départ, j’ai eu largement le temps de m’installer dans le vestiaire et de me mettre dans ma bulle avant l’échauffement. Plusieurs coureurs et coureuses m’ont reconnu et salué en me dépassant pendant la course elle-même. De plus, avec le recul, c’est un signe que j’étais resté concentré sur mon effort. Je n’ai pas focalisé sur mon environnement.
Au départ, je me suis positionné à l’arrière du bloc B, celui qui regroupe les coureurs visant un temps entre 1h05 et 1h20. Mon record personnel étant justement de 1h20, je ne voulais pas me cacher. Mais, je ne voulais pas non plus me placer trop en avant, non plus.
La stratégie mentale qui a changé ma course
Avant même l’échauffement, j’avais déjà fait l’essentiel du travail dans ma tête. Le résultat de Morat-Fribourg tient moins à la condition physique du jour qu’à une méthode mentale précise. En effet, cette méthode a été appliquée du premier au dernier mètre.
Le principe du découpage, ou pourquoi le cerveau déteste les grandes distances
Le cerveau gère mal les efforts longs pensés comme un seul bloc. C’est une difficulté bien documentée en psychologie du sport. Une revue d’experts publiée par la British Psychological Society sur les stratégies pour résister au ralentissement pendant l’effort d’endurance décrit la technique consistant à découper mentalement une course ou une sortie longue en segments. Dans cette stratégie, il y a un objectif de processus propre à chaque segment. Cette stratégie est parfois appelée « chunking ». Autrement dit : plutôt que de penser « il me reste 12 kilomètres », on pense « il me reste cette étape ».
C’est exactement ce que j’ai fait, sans connaître le terme scientifique. En réalité, c’est simplement parce que c’est la seule méthode qui m’a permis de ne jamais me sentir dépassé par la distance restante.
Morat-Fribourg en six étapes mentales
J’ai découpé le parcours de Morat-Fribourg en six séquences, chacune avec son propre objectif :
- Le départ jusqu’à la montée de Courgevaux.
- La montée de Courlevon, plus exigeante, quelques kilomètres plus loin.
- La gestion de Courtepin, une zone plus roulante où il est facile de se relâcher trop tôt.
- La montée de la Sonnaz, un des points techniques du parcours.
- Le faux plat montant de Saint-Léonard, juste avant l’arrivée sur Fribourg.
- Serrer les dents jusqu’au finish.
La règle que je me suis imposée : ne jamais penser à l’étape suivante. Dès qu’une étape était franchie, je me répétais mentalement « on recommence la course, les jambes sont fraîches ». Je n’aurais jamais cru que cette simple phrase serait aussi efficace pour repartir à zéro, encore et encore, jusqu’à l’arrivée.
Résultat concret : pour la première fois de ma vie sur ce type de parcours, je n’ai pas marché un seul mètre.
Courir sans montre, ma deuxième leçon
La deuxième leçon de cette course a été la plus inconfortable à tenir : je n’ai pas regardé ma montre une seule fois pendant tout l’effort. Ce n’est qu’après avoir repris mes esprits à l’arrivée que j’ai découvert mon chrono final.
Lâcher le chiffre pendant la course force à courir sur les sensations plutôt que sur une donnée extérieure. Concrètement, ça veut dire ajuster son effort à ce que le corps dit, étape par étape, plutôt qu’à ce qu’un écran affiche. Pour quelqu’un qui, comme moi, a toujours eu le réflexe de vérifier son allure toutes les minutes, c’est une vraie rupture d’habitude. C’est sans doute ce qui m’a évité de me cramponner à un objectif de temps dès les premiers kilomètres difficiles.
Un ravitaillement planifié à l’avance, ma troisième leçon
Troisième élément préparé avant le départ : le ravitaillement. Je suis parti avec trois gels et cinq décilitres de boisson isotonique. De plus, j’ai préparé un plan de consommation fixé à l’avance plutôt que décidé en course :
- un gel juste avant le départ ;
- un gel après la montée de Courlevon ;
- le dernier gel après la montée de la Sonnaz.
Rien n’a été improvisé sur ce point. Le bénéfice n’est pas seulement physiologique : savoir exactement quand je mange m’a évité une décision de plus à prendre en pleine course. Cela a été très utile à un moment où l’attention est déjà entièrement occupée par le découpage mental du parcours.
Morat-Fribourg : le bilan chiffré d’une course sans marche
Je terminais Morat-Fribourg en 1h24, avec une petite déception sur le moment : j’espérais secrètement réaliser un hold-up et descendre sous les 1h20, mon record personnel sur ce parcours. Avec moins de deux mois de préparation spécifique avec mon coach, viser un chiffre rond était ambitieux.
Mais pris isolément, le chrono raconte une histoire incomplète. L’élément le plus important de cette édition n’est pas le temps final. Au contraire, c’est l’absence totale de marche sur tout le parcours. Ou encore l’absence de douleurs musculaires les jours qui ont suivi la course. C’est une première pour moi sur ce type de distance, et c’est la preuve que le travail mental fait autant la différence que le travail physique.
Trois leçons à emporter sur ta prochaine course
Si tu dois retenir trois choses de Morat-Fribourg pour ta prochaine course :
- Découpe ton parcours en étapes courtes, avec un objectif de processus pour chacune, plutôt qu’un seul objectif global sur toute la distance.
- Entraîne-toi à courir sans montre sur une partie de tes sorties, pour apprendre à ajuster ton effort sur tes sensations plutôt que sur un chiffre.
- Fixe ton plan de ravitaillement à l’avance, calé sur des repères du parcours plutôt que sur la fatigue ressentie en course.
Aucune de ces trois leçons ne demande de matériel ni de plan d’entraînement complexe. Elles se testent dès ta prochaine sortie longue.
On parle de découpage mental d’un parcours dans cet épisode consacré à l’Ultra (avec Emilie).
Source externe : British Psychological Society — Psychological strategies to resist slowing down or stopping during endurance activity: An expert opinion paper
2 réponses
Félicitations pour ta course ! Article très instructif. J’ai participé pour la première fois à Morat-Fribourg, si j’avais utilisé une partie de ta stratégie j’aurais probab mieux performé sans aucune prétention
Hello,
Merci pour ton retour 🙂
J’espère que tu as pris du plaisir?
Quelle partie t’aurait été la plus utile?