Le SwissPeaks 100 Miles 2026 a sacré un coureur de 22 ans qui ne courait presque pas avant ses 16 ans. Ian Dargaud a bouclé les 168 kilomètres et 10 990 mètres de dénivelé positif entre le barrage de la Grande-Dixence et Le Bouveret, au bord du lac Léman, en 26 h 32 min 16 s. C’était la première fois qu’il allait au-delà des 100 kilomètres. C’était d’ailleurs sa première victoire après neuf deuxièmes places en dix courses.
Après la course, j’ai pris le temps d’un débrief avec lui pour le podcast Au-delà du mur. Pas de grand discours, pas de méthode miracle. Plutôt une gestion de course intelligente, des ravitaillements éclair et une philosophie qui tient en une phrase : ne pas se mettre de pression.
Dans cet article, je te raconte sa course étape par étape. Surtout, je te montre ce que toi, coureur amateur, tu peux en retirer pour ta prochaine sortie longue ou ta prochaine course.
SwissPeaks 100 Miles 2026 : le podium et les chiffres clés
Le SwissPeaks Trail fêtait en 2026 sa dixième édition. Cet événement de trail traverse le Valais, un canton alpin du sud-ouest de la Suisse, avec des formats qui vont d’une dizaine de kilomètres à plus de 600. Parmi eux, le 100 Miles est l’une des épreuves phares.
Le départ a été donné le jeudi 3 septembre 2026 à 10 h, depuis le barrage de la Grande-Dixence. Au programme : 168 kilomètres, 10 990 mètres de dénivelé positif et 13 000 mètres de dénivelé négatif, jusqu’à l’arrivée au Bouveret. Le nombre de participants est limité à 300. D’ailleurs, les organisateurs présentent ce parcours comme l’un des 100 miles les plus durs du circuit, très alpin et technique. Tu trouveras toutes les informations sur la page officielle du SwissPeaks 100 Miles.
Voici le podium masculin :
- 1er : Ian Dargaud, en 26 h 32 min 16 s ;
- 2e : Yurick Aregger, en 27 h 21 min 15 s, soit 48 min 59 s après le vainqueur ;
- 3e : David Mengolo, en 28 h 29 min 23 s.
Chez les femmes, Claire Bannwarth s’est imposée en 33 h 57 min 04 s, près de quatre heures devant Sarah Verguet Moniz. [3e femme à compléter] Les classements complets de toutes les épreuves sont disponibles sur la page des résultats du SwissPeaks.
SwissPeaks : le parcours d’Ian Dargaud, du tennis à l’ultra
Ian a grandi à Villars-sur-Ollon, une station de montagne des Alpes vaudoises. Plus jeune, il jouait au tennis quelques fois par semaine, sans en faire une pratique intensive. Il aimait déjà les petits défis sportifs, la randonnée en montagne et les courses populaires.
Pourtant, la course à pied n’était pas son truc. Vers 16 ans, il se pose une question simple : pourquoi les gens aiment-ils courir ? Pour comprendre, il essaie. Et finalement, il accroche, même s’il reconnaît que ce n’est vraiment pas un sport facile. Sur route, il aime améliorer ses chronos. En revanche, il ne compte pas en faire la passion de sa vie.
Le déclic vient avec le trail, juste avant la pandémie de Covid. Ensuite, il augmente les distances chaque année : d’abord le marathon, puis 70 kilomètres, puis 100 kilomètres.
Son histoire avec le SwissPeaks commence d’ailleurs par une anecdote savoureuse. En 2023, il s’inscrit au 100 km, mais il se trompe de jour et rate le départ. Il bascule donc sur le 70 km. L’année suivante, en 2024, il prend enfin le départ du 100 km, et il le gagne, pour son tout premier 100 kilomètres. En 2025, il termine deuxième de la même course. Puis, en 2026, il décide de changer de distance et de s’attaquer au 100 Miles.
Aujourd’hui, Ian entame sa deuxième année de master en sciences du sport et en histoire. C’est sa cinquième et dernière année à l’université, avec un mémoire à écrire.
Un départ prudent, même face au favori
Au départ, Ian connaît bien l’homme à surveiller. Yurick Aregger court en effet sous les mêmes couleurs que lui, chez Fuga, et ils se sont déjà croisés durant la saison. Selon Ian, Yurick avait gagné cette course deux ans plus tôt. Il sait donc que ses temps de passage seront ambitieux. Le suivre dès le départ ? Trop dangereux.
Sa priorité est claire : ne pas partir trop vite, et surtout ne pas partir avec le premier. Yurick se retrouve rapidement en tête. De son côté, Ian reste loin derrière et part vraiment tranquillement. L’idée : garder de l’énergie pour la suite, et ne suivre le leader que plus tard, s’il se sent vraiment bien.
C’est d’autant plus important qu’il n’avait jamais couru plus de 100 kilomètres. Au SwissPeaks, il devait en ajouter environ 70 de plus que sa distance maximale. Dans ces conditions, un départ trop rapide peut coûter très cher en fin de course.
À retenir pour toi : sur ta prochaine course longue, ne te laisse pas embarquer par le rythme des autres dans les premiers kilomètres. Ton allure de départ doit te sembler presque trop facile. Les places se jouent rarement au début.
Des ravitaillements express
C’est sans doute la clé la plus concrète de son SwissPeaks. Ian a l’habitude de faire des ravitaillements très rapides. Pour y arriver, il transporte presque toute sa nourriture sur lui.
Sa méthode est simple. D’abord, il découpe la course en trois tiers. Ensuite, il part avec la nourriture du premier tiers, qu’il porte sur lui. À la base de vie, il récupère celle du deuxième tiers, puis celle du dernier tiers plus loin. Aux autres ravitaillements, il ne s’arrête quasiment que pour remplir ses flasques.
Le parcours du SwissPeaks 100 Miles compte 15 postes de ravitaillement, dont deux bases de vie où les coureurs retrouvent leur sac. Autant d’occasions de perdre du temps, ou d’en gagner.
Le résultat se voit dès le début. Au premier ravitaillement, vers le 25e kilomètre, Ian ressort environ sixième. Mais les autres coureurs sont tout proches. Au deuxième ravitaillement, grâce à ses arrêts éclair, il les a déjà repris. Il pointe alors deuxième.
À retenir pour toi : le temps passé au ravitaillement, c’est du temps où tu n’avances pas. Prépare ta nourriture à l’avance, par sections, et teste ton organisation pendant tes sorties longues. Le jour J, tu sauras exactement quoi prendre et tu repartiras plus vite.
S’accrocher au bon wagon
Une fois deuxième, Ian ne voit pas le leader. Yurick a une dizaine de minutes d’avance, et Ian le pense même encore plus loin. Puis, petit à petit, il l’aperçoit au loin sur les sentiers dégagés : l’écart tombe à sept ou huit minutes.
Il le rattrape pile au sommet de la Fenêtre d’Arpette, un col alpin situé vers le 60e kilomètre. Dans la descente, Yurick reprend un peu d’avance, mais jamais beaucoup. Au col de la Forclaz, un col de montagne au-dessus de Martigny, les deux hommes ressortent du ravitaillement en même temps.
Commence alors un long duel au cœur de ce SwissPeaks : environ 45 kilomètres ensemble, pendant une bonne partie de la nuit. Yurick est souvent devant, et il descend très vite. Ian s’accroche donc dans les descentes, conscient que c’est le bon wagon à ne pas lâcher. En montée, en revanche, il suit plus facilement et arrive à récupérer.
À retenir pour toi : connais tes points forts et tes points faibles. Si tu es plus à l’aise en montée, profites-en pour récupérer et accepte de souffrir un peu dans les descentes. L’inverse fonctionne aussi. L’important, c’est de ne pas lâcher prise dans le terrain qui te convient le moins.
Faire la différence sans forcer
Le tournant de ce SwissPeaks arrive après 15 à 16 heures de course, à un ravitaillement. Yurick s’arrête plus longtemps, avec son assistance. Ian, fidèle à sa méthode, repart plus vite.
Ensuite vient une montée. Ian ne cherche pas à attaquer ni à créer un écart à ce moment-là : il continue simplement à son rythme. Pourtant, il ne reverra plus Yurick de toute la course.
Il se sent toujours très bien. Sur le parcours, on lui annonce d’ailleurs que l’écart augmente. Il termine donc un peu plus tranquillement, même si la fin devient dure, mais il reste serein : sauf catastrophe, il ne devrait plus être rattrapé. À l’arrivée au Bouveret, l’écart atteint 48 min 59 s.
À retenir pour toi : une course longue ne se gagne pas forcément par une attaque spectaculaire. La régularité et quelques minutes économisées à chaque arrêt peuvent faire toute la différence. Sur un ultra, la meilleure stratégie est souvent la plus sobre.
Ne jamais se mettre de pression
C’est sans doute le vrai fil conducteur de la course d’Ian. Il ne s’est jamais fixé de limite, ni mis de pression. Comme il le dit lui-même, quand il s’en met, il ne performe pas. Il préfère donc se laisser surprendre par lui-même.
Cette légèreté se retrouve partout, jusqu’au soir de sa victoire. Ian avait prévu d’aller surfer avec un ami le lendemain, et devait donc prendre un bus le soir même, le jour de la remise des prix. Alors, il descend du podium, court jusqu’à la voiture, se fait conduire à la gare et attrape son bus à cinq minutes près. Malgré tout, il tenait à monter sur ce podium, qu’il estimait avoir mérité.
Il pensait même que ce 100 miles allait le calmer dans ses envies de longues distances. Au final, il a adoré. Et ce n’était pas un accident : Ian savait qu’il pouvait bien performer, parce qu’il aime les courses très longues et techniques. Le SwissPeaks réunissait justement les deux.
À retenir pour toi : la pression peut devenir ton pire ennemi. Fixe-toi un cadre, puis laisse de la place au plaisir et à la surprise. Si tu veux progresser durablement, sans te blesser et sans te dégoûter, découvre aussi mes 5 principes essentiels pour progresser en course à pied.
SwissPeaks et après : les prochains objectifs d’Ian
Le 100 Miles du SwissPeaks était sa plus grande course de l’année. Avec le 100 km du Montreux Trail Festival et une course à Villars-sur-Ollon, où il a terminé deuxième, ce sont ses trois coups de cœur de la saison.
Pour l’instant, Ian ne court qu’en Suisse. Ce n’est pas un choix de principe : il a simplement la chance d’avoir de belles courses près de chez lui. Se déplacer loin pour courir lui semble en effet moins logique, surtout en bus ou en train. Il aimerait toutefois tester des courses en Italie, et pourquoi pas en France, l’année prochaine.
À court terme, il va profiter de septembre et d’octobre pour prendre encore quelques dossards dans sa région, pour le plaisir. Il sera notamment au départ du 25 km du Défi des Chalets, une course qu’il a gagnée il y a deux ans et où il a fini deuxième l’an passé. Ensuite, il passera en mode hiver pour reprendre un entraînement plus structuré.
À plus long terme, les grands rendez-vous de l’ultra-trail le font rêver : l’UTMB, la Diagonale des Fous ou encore le Tor des Géants, plus de 300 kilomètres. Comme le SwissPeaks n’est pas organisé par l’UTMB, sa victoire ne le qualifie toutefois pas directement. Il envisage donc de courir un 100 miles du circuit UTMB l’année prochaine, avec l’objectif de se qualifier d’ici deux ou trois ans.
SwissPeaks 100 Miles : regarde le débrief complet
Tu veux entendre Ian raconter lui-même sa course, sa nuit au coude à coude avec Yurick Aregger et sa course contre la montre pour attraper son bus ? Le débrief complet est disponible en vidéo ci-dessous.
Regarde l’épisode sur YouTube, ou écoute-le sur Apple Podcasts ou Spotify. Profites-en pour t’abonner au podcast, et si le contenu t’aide dans ta pratique, laisse une note de 5 étoiles. Tu trouveras tous les épisodes sur la page podcast d’Au-delà du mur. Et si tu aimes les récits de courses, relis aussi notre article sur le Marathon du Mont-Blanc 2026.
Au fond, la victoire d’Ian au SwissPeaks rappelle une chose simple. Pas besoin de tout contrôler pour aller loin. Un départ prudent, une organisation soignée et beaucoup de plaisir peuvent te mener bien plus loin que tu ne l’imagines.
Et toi, quelle est la course où tu t’es le plus surpris ?