Le Marathon du Mont-Blanc 2026 restera dans les mémoires. Du 25 au 28 juin, la vallée de Chamonix a réuni l’un des plateaux les plus denses de l’histoire du trail mondial. Huit épreuves étaient au programme, du kilomètre vertical à l’ultra de 88 km. Records battus, scénarios à suspense, premières historiques : ce week-end de course a tenu toutes ses promesses.
Dans ce débrief, on revient donc sur les huit victoires qui ont fait basculer l’édition. Du 90 km au kilomètre vertical, en passant par le 42 km et le 23 km.
Un plateau d’élite d’une densité rare
Le Marathon du Mont-Blanc s’est imposé une nouvelle fois comme la référence mondiale du trail sur la distance. Près de 10 000 coureurs et plus de 1 000 bénévoles ont animé le week-end. Les conditions météo, particulièrement complexes, ont toutefois compliqué l’organisation : plusieurs horaires de départ ont dû être adaptés et le Duo Étoilé a été annulé, en concertation avec la commission de sécurité.
Pour le directeur du Club des Sports de Chamonix, cette édition figure d’ailleurs parmi les plus marquantes de l’histoire de l’épreuve. La densité d’athlètes n’avait jamais été atteinte auparavant. Et il faut bien le reconnaître : sur chaque format, le niveau a repoussé les limites.
Sur le 42 km, la course féminine a viré à la démonstration. Partie trente minutes avant les hommes, la Suédoise Tove Alexandersson s’est envolée seule dès les premiers kilomètres. Elle n’a plus jamais été revue. Déjà championne du monde de trail court en 2025, elle boucle le parcours en 3 h 55 min 07 s, soit 20 minutes de mieux que la lauréate 2025.
Cette performance lui vaut deux premières historiques au Marathon du Mont-Blanc : elle devient la première femme à passer sous les quatre heures à Chamonix, et la première à franchir physiquement la ligne avant le vainqueur masculin. Onzième au classement scratch, elle signe ainsi l’une des performances les plus impressionnantes du week-end.
Derrière elle, la Norvégienne Ida Amelie Robsahm prend une solide deuxième place en 4 h 18 min 28 s. La Britannique Naomi Lang termine troisième en 4 h 21 min 23 s. Enfin, la Française Émilie

Première femme sous les 4h, Tove Alexanderson. Adrien Colleur I Marathon du Mont-Blanc
Rémi Bonnet renoue avec la victoire
Chez les hommes, le 42 km a offert un duel de très haut niveau. Le Suisse Rémi Bonnet, déjà vainqueur en 2023 puis deuxième en 2024, retrouve la plus haute marche en 3 h 33 min 14 s. Mais rien n’a été simple.
Après une première sélection dans la montée de l’Aiguillette des Posettes, Bonnet bascule seul au sommet. Puis le Français Frédéric Tranchand, redoutable descendeur, revient et prend les commandes dans la descente. Conscient du danger, Bonnet décide alors de tout miser dans la montée de la Flégère pour creuser l’écart avant la dernière plongée.
Le pari est gagnant : Tranchand termine deuxième en 3 h 35 min 46 s, à 2 min 32 s. L’Espagnol Manuel Merillas, fidèle à ses bâtons en bambou, complète le podium en 3 h 41 min 43 s.
Pour Bonnet, référence mondiale du ski-alpinisme, cette victoire prend une saveur particulière après une saison 2024 perturbée par les blessures. Son message d’après-course tient d’ailleurs en une idée simple : le travail finit toujours par payer, même quand la forme tarde à revenir.

A nouveau vainqueur sur le 42km, Rémi Bonnet a fait parler ses talents de grimpeur. Adrien Colleur I Marahton du Mont-Blanc.
Le 90 km couronne deux Français
Sur le 90 km (88 km, 6 137 m de dénivelé positif), le suspense aura duré jusqu’aux derniers mètres. Le Français Louison Coiffet, deuxième de l’épreuve en 2023, transforme enfin l’essai. Il s’impose en 9 h 37 min 22 s, au terme d’un final irrespirable. Ben Dhiman franchit la ligne 40 secondes plus tard seulement, tandis que l’Italien Cristian Minoggio complète un podium d’une densité remarquable, à 4 min 32 s.
Côté féminin, la Française Candice Fertin-Baccon réussit une entrée fracassante dans le monde de l’ultra. Pour son tout premier effort sur ce format, elle s’impose en 11 h 53 min 31 s et signe une exceptionnelle 24e place au classement scratch. Audrey Tanguy prend la deuxième place en 12 h 12 min 31 s, devant Ekaterina Mityaeva, lauréate 2024, troisième à 21 min 41 s. Là encore, les meilleures féminines ont ainsi rivalisé durablement avec le top 25 masculin.
Oria Liaci s’impose sur le 23 km
Format explosif s’il en est, le 23 km (1 680 m de dénivelé positif) ne pardonne aucune approximation. Chez les femmes, la Suissesse Oria Liaci a livré une course d’une maîtrise totale : partie devant, revenue au contact d’une rivale, elle a ensuite relancé au bon moment pour s’imposer. Elle franchit la ligne en 2 h 26 min 21 s, devant la Française Tiphaine Basile (+1 min 22 s) et la Britannique Kirsty Skye Dickson (+5 min 50 s). Cette victoire lui vaut d’ailleurs une superbe 40e place au classement scratch.
Chez les hommes, Benjamin Polin a quant à lui frappé fort. Le coureur originaire des Vosges s’impose en 2 h 06 min 17 s, devant l’Espagnol Lluis Puigvert Palacios (+58 s) et Nathan Wanner (+1 min 07 s). Avec Oria Liaci, la Suisse signe ainsi sa deuxième victoire du week-end sur le Marathon du Mont-Blanc, après celle de Rémi Bonnet sur le 42 km.

Oria Liaci, gagnante du 23km. Adrien Colleur I Marathon du Mont-Blanc
Christel Dewalle et Romain Discher dominent le kilomètre vertical
Le kilomètre vertical — environ 1 000 m de dénivelé positif jusqu’à Planpraz, câbles et mains courantes dans le final — a rendu son verdict dès le vendredi soir. Chez les hommes, Romain Discher s’impose en 36 min 59 s, devant Lucien Mermillon et Vincent Loustau, deuxièmes ex-æquo à 47 secondes. Un top 10 quasi intégralement tricolore.
Chez les femmes, Christel Dewalle l’emporte en 44 min 06 s, devant Lucille Germain à 1 min 17 s et Jeanne Richard à 1 min 36 s. La troisième place de Jeanne Richard est d’ailleurs la belle surprise du jour : la biathlète de l’équipe de France s’invite sur le podium d’une discipline qui n’est pas la sienne. Mais le sommet, lui, appartient toujours à la même grimpeuse.
Christel Dewalle, la longévité au sommet
C’est sans doute la statistique la plus parlante du week-end. Avec ce nouveau succès, Christel Dewalle décroche son sixième titre sur le kilomètre vertical du Marathon du Mont-Blanc. Elle s’était déjà imposée en 2013, 2019, 2023, 2024 et 2025 : treize ans séparent donc sa première victoire de la dernière. Dans un sport où les carrières se jouent souvent sur quelques saisons, cette régularité au plus haut niveau force le respect.
Et son week-end ne s’arrête pas là. Cinq jours plus tôt, le 21 juin, Dewalle remportait déjà la Neirivue–Moléson, une exigeante course de montagne fribourgeoise de 10,6 km pour 1 290 m de dénivelé jusqu’au sommet du Moléson, dans les Préalpes suisses. Elle s’y était imposée en 1 h 12 min 32 s, devant la Suissesse Selina Burch et la Française Léane Rossat. Deux victoires en une semaine, sur deux terrains différents : la marque des très grandes.
Détail savoureux pour le public suisse : à Neirivue–Moléson, la même scène s’est rejouée côté masculin. Rémi Bonnet y a en effet battu son propre record de l’épreuve, avant d’aller s’imposer une semaine plus tard sur le 42 km du Marathon du Mont-Blanc. Le même doublé que Dewalle, à quelques jours d’intervalle.
Marathon du Mont-Blanc 2026 : ce qu’il faut retenir
Au-delà des chronos, le Marathon du Mont-Blanc 2026 raconte donc quelque chose d’utile pour tout coureur amateur. La victoire de Rémi Bonnet rappelle ainsi qu’on peut traverser une saison blanche et revenir devant : la patience fait partie de l’entraînement. Le pari tactique de la Flégère montre quant à lui que connaître ses points faibles — ici, la descente face à un meilleur descendeur — vaut mieux que de les ignorer. Et la longévité de Christel Dewalle illustre une vérité que l’on répète souvent ici : la progression durable se construit sur des années, pas sur une seule course.
La prochaine fois que tu prépares un objectif, garde donc ces trois leçons en tête : sois patient avec ta forme, cours selon tes forces, et raisonne en saisons plutôt qu’en semaines. Pour creuser comment appliquer ça à ton niveau, écoute les épisodes d’Au-delà du mur et abonne-toi pour ne rien manquer des prochains débriefs de course.