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SaintéLyon : 5 secrets d’un monument sauvé de la disparition

SaintéLyon

La SaintéLyon est l’une des rares courses françaises que les coureurs amateurs connaissent sans y avoir jamais participé. Née en 1952, elle est aujourd’hui la doyenne des courses d’ultra en France, et sa 72e édition se tient dans la nuit du 28 au 29 novembre 2026. Mais derrière l’image du ballet de frontales dans les monts du Lyonnais, il y a une histoire nettement moins romantique : celle d’un événement qui a failli s’éteindre faute de bras, et qui doit sa survie à un choix que peu de courses osent faire.

J’ai échangé avec Michel Sorine, président d’Extra Sports, la société qui coordonne la SaintéLyon. Voici cinq choses que son récit m’a apprises — et ce qu’elles changent pour toi, coureur amateur, bien au-delà du cas lyonnais.

Secret n° 1 : la SaintéLyon est née dans un club de vélo

Première surprise : la course n’a pas été imaginée par des coureurs. Elle a été créée par un club cycliste lyonnais, le CTLYON, fondé en 1925 et qui a fêté son centenaire l’an dernier. Le club existe toujours et reste propriétaire de l’épreuve.

La logique de l’époque était simple. D’abord, les hivers étaient rigoureux et la neige descendait bas. Ensuite, les cyclistes rangeaient leur vélo en novembre et basculaient sur une autre pratique pendant la mauvaise saison. Enfin, en 1952, le club a eu l’idée de chronométrer une liaison entre Lyon et Saint-Étienne pour aller rendre visite à ses homologues cyclistes stéphanois.

De deux jours à une seule traite

Les premières éditions se couraient en deux jours, avec une halte intermédiaire à Sainte-Catherine — un village qui est resté depuis au cœur du dispositif. Puis l’organisation a supprimé l’étape et fait parcourir la distance d’une traite. Le caractère nocturne, qui fait aujourd’hui toute l’identité de la SaintéLyon, découle donc d’un choix d’organisation, pas d’une volonté de spectacle.

Autre détail oublié : pendant des décennies, l’épreuve était une marche, et courir y était interdit. Michel Sorine raconte que cette règle a généré beaucoup de triche et de polémiques, jusqu’à ce que la course soit officiellement autorisée. Le phénomène s’est emballé à partir de là.

Secret n° 2 : la course a bien failli disparaître

C’est la partie de l’histoire que personne ne raconte. Dans les années 1990, la SaintéLyon devient trop lourde à organiser pour les forces du club. Gérer les inscriptions, les partenaires, les institutions, les prestataires : tout cela devient un métier à plein temps, assuré par des bénévoles qui ont par ailleurs un travail et une famille.

Résultat : l’événement s’essouffle et la participation s’étiole.

Le tournant arrive au début des années 2000. Michel Sorine organise alors une cyclosportive à Lyon à laquelle le club participe. Voyant son savoir-faire, le club lui propose de l’aider à organiser la SaintéLyon. Il accepte, alors qu’il n’avait lui-même jamais couru l’épreuve.

Une image à dépoussiérer

Son diagnostic de départ est sévère. La course traînait une image austère, réservée à une poignée de passionnés un peu fous, avec une communication peu engageante. En revanche, il sentait que le trail commençait à émerger en France. Il y avait donc quelque chose à construire.

Dès la première édition sous ce nouveau pilotage, la participation bondit. L’organisation ouvre les formats relais, déplace l’arrivée vers une infrastructure digne de l’événement, puis élargit progressivement la gamme : la formule « maratrail » en 2010, puis des formats plus courts, et enfin l’aller-retour depuis Lyon en 2019. Aujourd’hui, dix épreuves cohabitent sur le même week-end, des courses enfants à l’ultra, comme le détaille le site officiel de la course.

Secret n° 3 : le modèle qui a tout changé

C’est le cœur de l’entretien, et de loin le point le plus instructif. Extra Sports n’a pas racheté la SaintéLyon : la marque et la course restent la propriété du club. L’entreprise propose un partage des rôles.

Le club garde ce qu’il aime et ce qu’il sait faire :

  • le recrutement et l’encadrement d’une partie des bénévoles,
  • la reconnaissance du parcours,
  • le fléchage et le défléchage.

L’entreprise prend tout le reste, c’est-à-dire tout ce qui épuise une association : inscriptions, partenaires, communication, prestataires, logistique, accréditations presse. Elle assume aussi le risque financier.

Pourquoi ce partage tient dans la durée

Le club touche de l’argent, ce qui lui permet de financer ses propres activités pour ses adhérents le reste de l’année. L’entreprise, elle, obtient un événement crédible, ancré localement, porté par des bénévoles motivés. Michel Sorine estime sans détour que sans cette reprise, la course n’existerait probablement plus.

Le modèle a depuis été dupliqué. D’abord sur le Trail des Forts de Besançon, dont les créateurs étaient débordés par leur propre croissance. Ensuite en co-création : repérant qu’aucun marathon n’existait à Biarritz, l’entreprise est allée chercher un club local qui cherchait justement de nouvelles ressources. Dans les deux cas, la répartition est restée la même.

Sa lecture plus large mérite d’être retenue par toutes les organisations de courses : à partir d’une certaine taille, une manifestation purement associative finit par devoir se structurer en entreprise. Le passage à la TVA, la fidélisation de partenaires exigeants, le service aux participants et la logistique ne se portent plus à bout de bras. Il note d’ailleurs que plusieurs grandes épreuves françaises des années 1980 ont disparu faute d’avoir franchi ce cap.

Secret n° 4 : ce que pèse la SaintéLyon aujourd’hui

Les ordres de grandeur donnent le vertige quand on les compare à une course régionale.

IndicateurOrdre de grandeur
Budgetenviron 3 millions d’euros
Bénévoles1 200
Participants20 000
Visiteurs au salon du trail running40 000

L’écart entre inscrits et partants réels s’explique par les désistements, nombreux sur une épreuve où l’on s’engage très tôt. Plus l’échéance approche, plus les renoncements, reventes de dossards et demandes d’annulation s’accumulent. C’est d’ailleurs l’un des gros chantiers administratifs de l’organisation à l’approche de la course.

Une montée en charge maîtrisée

La jauge n’a pas été fixée au hasard. L’organisation a d’abord plafonné volontairement la participation lorsqu’elle a constaté des problèmes de flux sur les chemins. Ensuite, une meilleure gestion de ces flux a permis de relever le plafond. Côté partenaires, l’équipementier titre accompagne la course depuis six ans, après plusieurs changements de marque au fil des décennies.

Secret n° 5 : son vrai problème n’est plus de remplir

Voilà le renversement le plus parlant. La SaintéLyon ne cherche plus de participants. Elle cherche comment les départager.

Les dossards mis en vente au printemps sont partis en 45 minutes. Michel Sorine reconnaît que l’organisation ne s’y attendait pas à ce point : la vente accélère chaque année, mais ce cycle a marqué une rupture.

Les pistes envisagées

La question d’un tirage au sort lui a été posée. Il penche plutôt pour un système de places réservées par catégories. Sa logique est la suivante : des places sont déjà réservées aux élites et à certains relais de visibilité, donc rien n’empêche d’en réserver aux femmes et aux fidèles — ceux qui reviennent chaque année.

Rien n’est arbitré à ce stade. Mais si tu vises un jour la SaintéLyon, retiens le principe : l’accès au dossard devient un sujet de stratégie, pas seulement de motivation.

Ce que l’histoire de la SaintéLyon change pour toi

Trois enseignements concrets ressortent de cet échange.

D’abord, traite l’inscription comme une étape de ta préparation. Sur une course dont les dossards partent en moins d’une heure, anticiper l’ouverture des inscriptions compte autant que ta sortie longue du dimanche.

Ensuite, va chercher l’information à la source. L’organisation produit un programme détaillé sur les navettes, le retrait des dossards et la logistique, mais constate chaque année que beaucoup de participants s’en inquiètent seulement à une semaine du départ. La communication s’intensifie dans la dernière ligne droite : autant la suivre plutôt que la subir.

Enfin, regarde les courses que tu aimes avec un œil neuf. Si une épreuve locale que tu apprécies peine à grandir, ce n’est pas forcément un problème de parcours ou de passion. C’est souvent un problème de structure. Le partage des rôles entre un club et une entreprise — le club garde le terrain, l’entreprise prend l’administratif et le risque — reste l’un des rares modèles qui permettent à une course populaire de durer.

SaintéLyon : ce qu’il faut retenir

La SaintéLyon n’est pas devenue un monument par hasard. Elle a d’abord été une idée de cyclistes, puis une marche disputée par quelques dizaines de passionnés, puis une course menacée de disparition, et enfin un événement structuré capable d’absorber des dizaines de milliers de participants dans la nuit d’hiver.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est que la magie de la SaintéLyon — les frontales, le froid, les crêtes, l’ambiance — repose sur une mécanique parfaitement prosaïque. Et c’est précisément parce que cette mécanique fonctionne que la course existe encore.

Je prendrai moi-même le départ de la SaintéLyon fin novembre, et je raconte toute cette préparation dans le podcast.

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Et toi, qu’est-ce qui te retient encore de t’inscrire à une course de nuit ?

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